Le journal de mamie Paulette : 4 août 1942

sommaire du journal

Rémalard – Marolles = 45 km     Total = 219 km

Nous sommes prêtes de bonne heure. Toutes nos affaires sont bien sèches. Le ciel est plutôt gris mais semble promettre de devenir meilleur. Nous descendons voir nos vélos et les astiquer. Impossible d’ouvrir mon cadenas : je suis obligée de forcer la chaîne pour pouvoir partir. Le temps de le faire, d’astiquer les vélos, nous ne pouvons partir qu’à 8h passées.

Sortant de Rémalard nous croisons toute une famille dont 2 jeunes gens. Après avoir monté une côte derrière eux, nous les devançons et les perdons de vue. Quelques minutes après, les 2 jeunes gens nous rattrapent et nous faisons route ensemble jusqu’à Bellême. En certains endroits nous fonçons littéralement dans le brouillard ce qui nous gêne non seulement pour admirer les lointains, mais encore pour voir la route devant nous. A Bellême nous nous séparons et comme nous descendons beaucoup, nous laissons le brouillard au-dessus de nous.

Après les descentes reviennent toujours des montées et sur ce point la route de Bellême à Mamers est unique. Du haut de notre première côte nous en apercevons 4 qui s’étagent comme des marches d’escaliers, mais alors que nous pensons en avoir fini avec ces montagnes russes, chaque tournant nous apporte une perspective de nouvelles. Nous en montons et descendons bien ainsi une dizaine, de quoi s’abrutir tant les descentes sont raides et longues. Quand nous nous arrêtons pour croquer quelques noisettes, nos doigts sont gourds d’avoir tenu fermement le guidon et d’être frappées par le brouillard.

A Mamers nous achetons nos premières pommes. Puis, comme il est un peu plus de 10h et que le temps se maintient, nous décidons de continuer jusqu’à Marolles. Descentes, montées, c’est toujours ainsi sur les routes de la région. A 4 km environ de Marolles, la pluie tombe et sérieusement. Il faut cependant avancer et c’est une fois encore sous nos imperméables que nous allons rentrer dans le pays.

Nous trouvons tout de suite Mme Jarry, lui laissons nos vélos et partons à la recherche d’un restaurant. Comme des allemands viennent d’arriver à Marolles (alors qu’il n(y en avait pas eu depuis deux ans), dans 3 restaurants nous ne pouvons trouver une table. Enfin chez Tatin, seules clientes, nous mangeons comme eux. C’est un restaurant de la catégorie D.

Potage (soupe au boeuf et légumes avec pain trempé) / Radis au beurre salé / Boeuf et légumes / Pois et carottes / salade à la crème / Poire et prunes

Quel bon déjeuner !
De retour chez Mme Jarry, nous prenons un café arrosé d’une bonne goutte et décidons de partir à la Roulandière. Après avoir bien tourné dans des chemins, demandé plusieurs fois notre route, c’est chez Thouzard que nous arrivons. Les pommes de terre sont notre sujet d’entrée en matière et dès que la patron a fini de laver ses pieds il nous rejoint pour nous parler. Nous parlons pommes de terre et il nous répond haricots !.. Nous entrons, buvons le cidre qui nous est largement offert, et 2 cerises à l’eau de vie. Nous n’obtenons rien de précis et restons seulement sur des possibilités tant pour le beurre que pour les pommes de terre.

Comme Thouzard doit aller à la ville nous partons avec lui dans sa cariole. C’est la première fois que Jeannine emprunte ce moyen de transport , mais elle ne peut guère l’apprécier étant à peine assise sur les genoux d’une dame.

Nous retournons chez Mme Jarry puis partons chez Fouanon où nous restons très longtemps pour admirer la nouvelle maison  et le nouveau jardin. Si bien que nous ne pouvons attendre le retour de Mme Guizard qui est à Marolles avec ses gosses. Mme Jarry nous ayant invitées à dîner nous ne pouvons arriver pour nous mettre à table. Nous dînons en famille.

Soupe aux pommes de terre et haricots verts / oeuf à la coque / haricots verts beurrés / fromage / poires / café

Après avoir bien bavardé, nous pouvons retourner coucher chez Tatin où nous avons retenu notre chambre.
Il est déjà presque entendu que nous reviendrons à Marolles prendre du beurre. Il nous suffira de prévenir à l’avance.
Nous apprenons aussi que si nous y venions régulièrement, nous pourrions repartir avec des colis.
Nous couchons dans une couette. Ce soir il est trop tard pour faire les comptes et écrire le journal. Nous les ferons demain.

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