De nouveaux éboulements sur la route du tunnel du Mortier (D 218)

Chemin sur l’éboulement de 1992. Côté aval

Cet article « utilitaire » est destiné à éviter à ses lecteurs de connaître la même mésaventure que celle arrivée récemment à l’auteur, qui partait de Montaud pour une chasse aux cols à l’est d’Autrans. Le panneau qui annonce que la route est barrée au dessus du Coing (dernier hameau habité de la commune) n’inquiète pas outre mesure car, bien que l’accès au tunnel par la D 218 soit interdit depuis les années 90, de nombreux touristes n’ont pas cessé d’en utiliser la partie accessible. De plus, au printemps 2017, un chemin artisanal

Chemin sur l’éboulis de 1992. Côté amont

a été établi sur l’ancien éboulement (celui de 1992), permettant1 aux piétons et aux cyclistes de passer en s’évitant l’épisode du sentier de contournement par le bas, scabreux par temps humide, surtout avec un vélo et des chaussures cyclistes. L’existence de cette solution a été rapidement connue dans le monde cyclo, et de nombreux récits récents en font état. Je viens encore d’en lire un dans la dernière revue publiée par le club des cent cols. En amont du Coing, la chaussée est assez dégradée par endroits mais reste cyclable sans difficulté, d’autant plus que la pente est modeste. Alors, la vie est belle ?

Ben non ! À environ 10 km 500 de Montaud, stupéfaction : un nouvel éboulement a complètement recouvert la route. Il est situé en aval de celui de 1992 et en amont du site d’envol des parapentes, sur la commune de Veurey.

L’éboulement récent côté amont

Un amoncellement de blocs de toute taille, mélangés à des arbres enchevêtrés rend le passage incertain et au minimum difficile. Et nous préférons faire demi-tour, comme plusieurs cyclos ayant eu la même mauvaise surprise que nous. En fait, comme nous l’apprennent des vététistes rencontrés sur place, cet éboulement n’est pas tout récent : il date de l’hiver dernier. Et l’information à son sujet elle-même n’est pas un scoop : on peut facilement la trouver depuis des mois, par exemple ici. Mais je ne l’ai trouvée qu’en la cherchant, et je ne l’ai cherchée qu’après m’être « cassé le nez » sur l’obstacle. Nos vététistes (bien plus jeunes que nous !) ont déjà fait la traversée, dont ils estiment la longueur à environ 80 mètres. Ils ont aussi expérimenté la piste forestière permettant d’éviter tous les éboulements connus à ce jour. Ils l’ont trouvé longue, même à la descente. On en reparlera plus loin.

Une semaine plus tard, même programme mais depuis Autrans, cette fois. Et après la chasse, nous décidons d’aller voir de plus près l’état des lieux.

Les derniers kilomètres avant le tunnel, côté Montaud (document OSM)

À l’entrée du tunnel, le panneau d’interdiction à tous véhicules (vélos compris, donc) n’arrête pas grand monde et beaucoup de curieux traversent.

Derniers kilomètres avant le tunnel, côté Montaud (document IGN)

Le tunnel est en effet toujours ouvert, en dehors de fermetures temporaires pour des expériences en milieu confiné (sans rapport avec les éboulements). Notre idée est de voir sur place ce qu’il en est de l’accès au tunnel depuis Noyarey par la piste forestière de Carron, et l’état actuel de ce qui reste de la D 218 entre le récent éboulement et le tunnel.  En effet, d’après les cartes, il existe un itinéraire entre Noyarey et le tunnel, indépendant des éboulements : une route goudronnée (D 74, route d’Ézy) conduit au hameau de Trucherelle, d’où part la route forestière de Carron qui rejoint la D 218 à environ 600 mètres du tunnel, donc au-dessus de l’éboulement de 1992. La carte IGN figure même une bretelle qui arrive directement au tunnel.  Quel est le statut de cette piste ? Il est double : la partie inférieure est publique, propriété de la commune de Noyarey qui en assure l’entretien pour la maintenir en état carrossable : des grumiers de 40 tonnes l’empruntent (mais pas tous les jours). La partie supérieure est privée. Plus précisément, elle appartient à une Association Syndicale Autorisée (ASA) , qui rassemble différents propriétaires forestiers. D’après mon interlocuteur de la mairie de Noyarey, l’accès du public à cette partie serait partiellement toléré  : oui aux promeneurs (lesquels ?), non aux quads m’a-t-il dit. J’ai demandé au président de cette ASA si les cyclistes pouvaient l’emprunter. Si j’obtiens une réponse, je l’incorporerai à cet article.

Petit éboulis près du tunnel

Quant à l’état actuel de cette partie privée de la piste, il n’est pas très engageant : la bretelle qui arrive au tunnel est quasi invisible, recouverte par de la végétation et de petits éboulis. L’autre arrivée, barrée par de grosses pierres, est plus visible et paraît à peine meilleure. J’ai également demandé au président de l’ASA concernée si la piste avait vocation à être maintenue en état carrossable jusqu’en haut.

Un petit éboulis s’est aussi produit à quelques centaines de mètres du tunnel, sur lequel un court chemin permet de passer facilement.

Sur la carte OSM, on constate que la partie de la D 218 comprise entre Montaud et le tunnel passe sur le territoire de trois communes : de bas en haut, Montaud, Veurey et Noyarey. D’après mon interlocutrice de la mairie de Montaud, la partie haute (sur Noyarey) serait déjà devenue propriété de l’ASA citée plus haut, et la partie située sur  Montaud serait prochainement « vendue » (terme employé par mon interlocutrice) à cette commune par le département. Je ne sais pas ce qui est prévu pour la partie située sur Veurey, mais on la voit mal rester seule départementale.

À l’occasion d’une nouvelle chasse aux cols (à l’ouest d’Autrans, cette fois), nous avons eu l’occasion de parler du nouvel éboulement à plusieurs randonneurs, pédestres ce jour là mais aussi cyclistes. Ils n’en avaient pas eu connaissance auparavant. Pour les cyclos « obligés » de passer (imaginez un randonneur itinérant passant par Montaud et ayant prévu de dormir à Autrans, par exemple), la découverte de ce nouvel obstacle peut être rude ! Ce fut rude aussi pour les deux vététistes électrifiés que nous avons rencontrés et qui venaient de traverser : finalement, ils les ont trouvés plutôt « musculaires », ces « VAE ».

Une bonne nouvelle enfin pour terminer sur une note positive :  la route forestière de la Molière (route forestière Barthélemy) est actuellement interdite au trafic motorisé et fermée par des barrières entre le col de la Croix Perrin et le refuge des Feneys ( à l’embranchement de la route qui monte au col de la Molière).

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  1. Ce qui signifie que le passage était, et est encore, physiquement possible. Je ne garantis pas qu’il ait été un jour »officiellement » autorisé …
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3 Commentaires

    • FRANCIS LARRIBE sur 30/08/2021 à 14:51
    • Répondre

    Merci Lucien pour toutes ces infos d’une grande utilité pour la sécurité des cyclistes et randonneurs

  1. Bonjour
    J’aurais du lire votre article avant car venant de Grenoble à vélo (route) j’avais idée de traverser le tunnel pour redescendre vers Montaud.
    j’ai traversé les deux anciens éboulis comme je l’avais souvent fait les années précédentes mais qu’elle ne fut pas ma surprise lorsque que je suis tombé sur cet enchevêtrement de tronc et énormes blocs.
    je n’ai pas hésité à faire demi tour vu le risque tout en croisant les doigts pour ne pas me prendre une éventuelle pierre qui viendrai à tomber.
    Résultat j’ai dû repasser par la Croix Perrin et suis rentré un peu plus fatigué que prévu.
    Pour en avoir discuté avec des anciens de Autrans ils me disaient que ce tunnel aurait du être percé côté nord vers la zone de décollage des parapentes. Mais bon

  2. Bonjour,

    Je suis passé hier à l’endroit où a eu lieu le dernier éboulement. Forestier retraité et botaniste amateur, je vais souvent herboriser dans le secteur du Pas de la Clé. A chaque fois que j’emprunte la route de Montaud notamment dans le secteur compris entre un peu plus loin que le dernier accès pédestre au Pas de la Clé et le tunnel du Mortier, je ne cesse d’être étonné par le fait que des décideurs et certainement des experts privés ou publics aient pu laisser faire une route dans ce secteur. Ayant travaillé dans l’Oisans, la Chartreuse et tout le bassin urbain grenoblois, j’ai été très souvent confronté à la problématique des risques naturels : avalanches, coulées de boues, inondations, glissements de terrain etc. En Isère, cette problématique est très prégnante et c’est peu de le dire. Or dans le secteur cité précédemment les chutes de pierre, de blocs sont extrêmement nombreuses. Il suffit de passer après l’hiver pour se rendre compte de l’ampleur de ces chutes. Comment est-il possible que des acteurs publics dont peut être des administrations? aient pu laisser faire un tel chantier? Peut-être auraient -ils pu tout simplement se renseigner auprès de locaux connaissant bien le secteur. Il me semble que toute personne dotée d’un minimum de bon sens et même sans être de la partie aurait réalisée le risque, quand même!!! Tout ceci pour vous suggérer de mettre en garde vivement tous les cyclotouristes et piétons se rendant in situ. Ce coin est magnifique, ses falaises impressionnantes mais non dénués de dangers. Merci de faire passer cette information.

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