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Le journal de mamie Paulette : 22 août 1942

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Marolles-lès-Brault – Alençon – Mamers – Marolles = 70 km      total = 1134 km

Pour ne pas nous rouiller nous voulons rouler ces derniers jours. De plus, cela nous permet de libérer Mme Jarry de notre présence à l’heure du déjeuner. Aujourd’hui nous voudrions aller à Alençon. Mais il a plu cette nuit et il pleut encore ce matin. Je profite d’une éclaircie après le petit déjeuner (café au lait, pain et beurre) pour porter le vélo de Jeannine afin d’y faire remettre un frein. Comme j’obtiens satisfaction, le ciel se nettoie et le soleil commence à paraître. Nous partons donc. Il n’est pas tout à fait 10h.

Nous voudrions compléter tout de suite notre douzaine d’oeufs. A cet effet, nous rentrons dans les fermes. Nous obtenons d’abord 2 oeufs, puis 3 et je regrette bien de n’en pas avoir demandé 3 la première fois. Nous les calons le mieux possible dans la mallette.

La route d’Alençon est très agréable. Elle monte et elle descend sans arrêt. Vers 11h c’est moi qui ai faim et dans une ferme j’obtiens une livre des poirettes du pays que nous apprécions.

A Alençon nous arrivons à 12h1/4 juste pour entendre une sonnerie de sirène qui n’émeut personne. Au restaurant où nous entrons on nous prend tout de suite. Comme ici il n’y a que de la bière à boire, nous faisons comme hier à Bonnétable.

saucisson et beurre / saucisses sur purée / haricots verts au jus / compote

Nous partons dans Alençon à pied car là aussi les rues sont pavées. Nous allons à la recherche de 2 choses : un cartonnage pour les oeufs, un pâtissier pour notre gourmandise. Impossible de trouver un carton, mais des pâtissiers sont ouverts. Seulement leur marchandise nous déçoit : elle ressemble trop à celle de Paris.
Nous regardons le portail de l’église, voyons quelques officiers allemands dans les rues, et à 3h, nous quittons Alençon pour Mamers.

Nous traversons d’abord la forêt de Perseigne. Dans les descentes et les virages (17 v) nous avons de magnifiques points de vue sur une région verte et boisée. Nous chantons à tue-tête.

A une remontée, Jeannine veut mettre son changement de vitesse. Je suis déjà à plus de 100m en avant quand je m’aperçois qu’elle ne suit pas. Je redescends la côte  : la chaîne a sauté et le verre de montre qui tient depuis notre départ avec 2 fils  est tombé sur la route. A deux nous remontons rapidement la chaîne et ce faisant nous écrasons le verre de montre. Je décide qu’à Mamers nous nous arrêterons chez le bijoutier.

Pour arriver à Mamers, la route ressemble un peu à celle de Bellême à Mamers. Pourtant les escaliers sont moins accentués.

A Mamers nous recherchons tout de suite la pâtisserie mais elle est fermée. Nous allons donc chez le bijoutier. Il nous faut attendre 1h que nous décidons de passer dans la ville. Sorties de chez le bijoutier, nous nous pressons d’entrer chez un mercier pour acheter des boutons métalliques destinés au short de Jeannine. En effet elle grossit tellement que 2 sont perdus et qu’elle doit parfois détacher le bouton du haut.

Les vélos restent sur le bord du trottoir où un vent furieux les secoue. Pourtant nous entrons dans la boutique où nous trouvons ce que nous désirons. Pendant ce temps les 2 vélos tombent !.. Nous nous précipitons. N’y a-t-il pas 5 oeufs dans ma mallette !!.. Jeannine relève son vélo, détache ma mallette d’où un jus gluant s’écoule, et va s’appuyer au mur du marché. Je veux pousser mon cheval, mais impossible de démarrer : le garde-boue coince la roue avant. Tandis que l’une compte les pertes (3 oeufs cassés sur 5, et les plus gros) l’autre démonte le vélo et arrange le garde-bous. L’opération terminée, je la rejoins. Les coquilles sont sur un coin du mur, et dans 2 il reste les jaunes entiers. Nous contemplons le résultat de ce coup de vent. Jeannine me propose un morceau de pain, resté du déjeuner qui ne saurait reprendre place dans la mallette gluante. Je l’absorbe avec les 2 jaunes d’oeufs que je ne puis me décider à laisser là.

Pendant ce temps, notre carte postale écrite à Alençon et posée sur le mur du marché, a été enlevée sans que nous nous en apercevions, par un autre coup de vent. Tandis que Jeannine rouspète après son short (donc après elle-même qui a grossi) une brave femme vient vers nous tendant notre carte. Elle se propose même de la mettre à la poste car elle passe devant. Contemplant nos mains noires et poisseuses, nous acceptons. Heureusement une fontaine est dans la ville. Chacune à notre tour nous allons y laver nos mains. Puis nous repartons pour passer le temps à la recherche de quelques victuailles. Nous ne trouvons que du raisin … et nous trouvons aussi quantité d’uniformes kaki, frais. Nous nous demandons qui est ce régiment qui entre dans toutes les boulangeries et les fruiteries.  Nous saurons plus tard que c’est l’école de gendarmes de Mamers.

Retour chez le bijoutier. La montre de Jeannine est prête. J’achète un bracelet-montre pour remplacer le mien, acheté au même endroit il y a 3 ans, et qui a cassé à un endroit. Pendant que le bijoutier le monte, et tout en bavardant, Jeannine fait tomber un porte-plume à plume or, situé sur le comptoir. La plume est toute de travers !!! Décidément, Mamers ne lui réussit pas. Heureusement le bijoutier redresse cette plume en moins de rien. C’est égal, j’ai eu bien chaud et elle aussi.

Retour à Marolles sans autre incident, à une heure plus tardive que nous ne le pensions. Pendant que nous préparons M Jarry puis sa femme rentrent et nous descendons pour le dîner (je me contente de battre l’omelette)

Soupe aux légumes / omelette à la crème / haricots vers au beurre / fromage / fruits.

Une gamine d’en face partage ce repas avec nous.

Temps : agréable
Santé physique : excellente

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