Le journal de mamie Paulette : 2 août 1942

sommaire du journal

Rambouillet – Maintenon – Chartres = 46 km     Total = 115 km

Réveillées ce matin à 6h1/2 nous nous préparons immédiatement au départ. Toilette rapide. A 7h1/2 nous sortons nos vélos. La roue avant de Jeannine est à plat !!!
Vélo retourné, recherche du trou : c’est une épine qui a passé la journée d’hier dans le pneu et qui bouche si bien le trou qu’elle empêche le pneu de se dégonfler et qu’il nous est très difficile de la retirer. Réparation rapide. Nous cherchons la poste et à 8h nous prenons la route N10.

Nous croisons des murs et même des maisons faites entièrement en terre battue.
En sortant de Rambouillet, glane de quelques épis de blé. Un peu plus loin, une autre graminée à barbe. La route est bonne, verdoyante et boisée. Nous longeons une rivière invisible pour nous, encastrée dans les bois. Descente superbe. Le soleil n’est pas levé et ne se montrera pas de toute la matinée. Il fait bon rouler. Nous croisons d’autres cyclistes qui nous dépassent, que nous rattrapons, qui nous redépassent et qui nous parlent.

Nous qui voulions aller doucement pour déjeuner à Maintenon, nous sommes entraînées comme nous les entraînons et à 10h nous sommes à Maintenon. Donc nous continuons la route. Ici nous voulions prendre la vallée de l’Eure verdoyante et traversant de petits villages, mais dès la sortie de Maintenon, elle est fermée par l’aérodrome allemand. Nous continuons donc la N10. Heureusement que nous sommes 4 à rouler. C’est la plaine Beauce que nous traversons : du blé, un peu de luzerne, la moutarde ou du colza et quelques betteraves. Si nous glanions 1 épi de blé à chaque champ que nous croisons, nous aurions de la farine cet hiver. Nous rencontrons la 1ère charrette qui rentre le blé car en effet, s’il est fauche dans bien des champs, il en est beaucoup d’autres où il est encore debout.

A 4 nous faisons ainsi 30 km environ. Mais depuis longtemps le vent est contre nous, et la Beauce qu’on dit plate monte toujours. Aucun village pour jalonner notre chemin. Rien que des champs illimités. Jeannine est fatiguée. Le vent souffle de plus en plus fort. S’il nous poussait seulement !! Mais bien au contraire, dans les pauvres petites descentes qui se présentent, il faut encore pédaler.

Nous nous arrêtons toutes deux, croquons deux morceaux de sucre. Nos deux compagnons de route après s’être arrêtés quelques instants plus haut nous font au revoir et continuent leur route. Nous restons seules à nous reposer un moment. Il ne nous reste plus que 10 km à faire, nous irons doucement, à pied dans les montées pour ne pas trop nous fatiguer. Depuis longtemps nous voyons la cathédrale de Chartres. Ce furent d’abord ses tours, puis son toit, puis la cathédrale entière qui s’élevèrent dans le ciel sur une étendue déserte. De notre route nous la voyons seule dans le paysage, aucune maison ne l’entourant.

Enfin nous atteignons Lèves – faubourg de Chartres –  et à sa sortie nous trouvons la ville tant attendue.
Nous achetons du pain, au seul boulanger qui ait entrouvert sa boutique aujourd’hui. En effet, le Dimanche tout est fermé. Le pain est chaud et croquant. Comme il est bon ! Nos pêches et notre sucre de ce matin étaient bien loin.

Déjeuner, catégorie C. Après avoir hissé péniblement nos vélos dans des rues étroites, nous n’avons pas le courage d’aller plus loin.
Salade de tomates / 2 tranches de rosbeef / haricots verts au jus de viande / confiture
Dans l’ensemble cela vaut bien 7F de plus qu’hier pour la qualité.

Recherche d’un hôtel. Chose compliquée, la ville étant occupée et les hôtels réquisitionnés. Nous en trouvons enfin un, un peu plus confortable mais moins propre qu’hier. Nous nous en contentons. Ayant mis des soquettes, (des chaussures pour Jeannine) nous partons avec notre coiffure pour visiter la ville.

Nous rencontrons beaucoup d’allemands. Un monde fou est massé autour de la poste d’où un haut-parleur annonce le départ d’une course cycliste. Nous assistons à ce départ puis partons pour la cathédrale.
1ère impression : déception. Les vitraux enlevés, elle est trop claire. Malgré les vêpres qui ont lieu en ce moment on n’a pas cette impression de recueillement. Quoique les visites soient interdites pendant les offices (ce n’est pas un un musée, n’y seront pas admises les femmes sans chapeau et les hommes en bras de chemise. Heureusement nous avons nos madras. Le mien noué sous le menton me donne l’air d’une paysanne). Nous finissons pourtant par trouver des choses intéressantes en particulier l’ancien mur extérieur qui fait le tour du choeur actuel et qui est une vraie dentelle de pierre. Impossible de monter aux tours et les portails ne sont pas visibles, cachés par de multiples sacs de sable. En arrière de l’église, dans le jardin de l’archevêché, une terrasse sur laquelle l’église est bâtie, d’où nous découvrons tout un côté de Chartres sur l’Eure, et des environs très lointains.

Nous sortons à la recherche de la rivière que nous découvrons après avoir suivi d’infâmes ruelles moyen-âgeuses portant l’inscription : « passage interdit aux camions »  alors que nous deux bouchons la rue ! Certaines sont tellement en pente qu’on a dû mettre des rampes pour aider à leur ascension.

Nous admirons de vieilles maisons et cherchons la porte Guillaume bâtie à l’entrée de la ville et au-dessus de l’Eure.
Retournées dans le centre, après avoir grimpé les rues descendues tout à l’heure, nous retrouvons notre chambre, sans avoir visité les églises projetées. Nous faisons les comptes, les écrivasseries et Jeannine retricote. Il est 6h1/2 le journal est fini. Il vient de tomber quelques gouttes et le ciel est gris.

Temps : le matin ciel gris, grand vent ; après-midi très ensoleillé ; actuellement petite pluie fine, déjà terminée.

Etat de santé : tout le monde se porte bien

Omissions :
1) quartiers de Chartres bombardés – ne serait-ce que face à notre chambre
2) la nuit d’hier ayant été fraîche il n’y avait pas de poussière sur les routes. Aussi ce soir nous étions presque propres ce qui nous a permis de sortir en ville dès notre arrivée.

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