Le col de la Loze, mais pas que …

   Au début de l’automne 2018, l’annonce du goudronnage d’une piste allant des hauts de « Courchevel 1850 » au sommet des Lanches a provoqué une certaine effervescence dans le monde cyclo. En effet, les cols dits routiers (i. e. situés sur une route goudronnée sur au moins un versant) des Alpes françaises situés à plus de 2000 mètres ne sont pas très nombreux (une vingtaine, voir la liste ici) et, moyennant l’approximation vite faite « sommet des Lanches = col de la Loze », en voilà un de plus, ce qui n’est pas si courant ! La piste qui monte de Méribel au sommet des Lanches a été à son tour goudronnée pour l’été 2019. Il ne s’agit donc pas, comme cela a été parfois écrit, de l’ « ouverture d’un nouveau col », la piste elle-même étant déjà là et ne passant d’ailleurs pas, strictement parlant, au col annoncé. En revanche, elle en visite un autre dont on n’a pas parlé, et nous tâcherons plus loin de réparer cette injustice. L’attrait de la nouveauté (de l’enrobé) et la réputation qui a été immédiatement associée à cet itinéraire, nous ont incités à aller voir cela de plus près. Et, pour ne pas faire un si grand voyage pour si peu, à en profiter pour franchir trois cols muletiers faciles à proximité (nommément et dans l’ordre : les pas de la Lauze, des Cotilles et de la Cassenuis). Un circuit possible pour ces quatre cols, pouvant associer sur une bonne partie du parcours routiers et vététistes, est celui que j’avais suggéré à Daniel (OR 10489308). Une deuxième version plus directe pourrait consister à utiliser le sentier de crête entre le col de la Loze et son presque homonyme. Ne le connaissant pas, et n’étant que faiblement vététistes, nous avons opté pour une troisième solution, jugée bien préférable par un sociétaire du club des cent cols, Marc Liaudon. Vu son expérience (plus de 9000 cols à son actif) , nous ne prenions pas un grand risque en lui faisant confiance.

Vue partielle de la crête entre La Plagne et la vallée de Bozel

  On va passer rapidement sur un début de sortie calamiteux : circulation infernale sur la route de Courchevel, tentative d’esquive par Courchevel-village mais pistes au-dessus coupées par des travaux, détours obligatoires et en partie pédestres pour finalement parvenir au dessus de Moriond et retrouver des conditions normales.  Même si les remontées mécaniques sont omniprésentes, les vues sont belles et permettent d’apercevoir quelques cols notables. Dès qu’on s’est élevé un peu au-dessus de la station, on est bien placé pour voir ceux qui se trouvent entre la Plagne et la vallée de Bozel : sur la photo précédente, on reconnaît, de gauche à droite et repérés par leurs initiales, les cols du Bécoin, de la Lovatière, de la Petite Forcle, de la Grande Rochette et de la Grande Forcle. Trente ans auparavant, ce dernier a vu passer quelques CTG en route vers la Roche de Mio. Ils sont d’ailleurs toujours en service et certains ont même  « fait » la Loze cette année.
La route qui conduit à Courchevel présente des portions assez pentues mais sans excès. En revanche, aux alentours des Verdons la route nouvellement goudronnée commence à avoir du mal à cacher sous son bel enrobé ses origines rustiques (qui font d’ailleurs son originalité et son charme). Née, au fur et à mesure des besoins, pour le service des alpages et des remontées mécaniques, et de fait prévue pour des véhicules qui ne sont pas à quelques pour cent près, elle se caractérise par une remarquable irrégularité. La pente moyenne relativement modeste annoncée tous les kilomètres sur les bornes nouvellement installées (autour de 8-9%) ne donne qu’une information très partielle, mais néanmoins rassurante : s’il y a des portions assez raides, elles seront obligatoirement assez brèves et compensées par des parties plus douces ou des replats, voire des petites descentes, car on ne doit s’élever que de 85 m. environ par kilomètre. De quoi souffler donc, sans qu’il soit nécessaire de s’arrêter pour cela.

Le Lac Bleu et son « golet »

Vers 2180 mètres, la route fait un large lacet vers le sud, franchit la ligne de partage des eaux (LPE) entre le vallon des Verdons et le versant qui regarde La Tagna (c’est l’ancienne orthographe ; aujourd’hui, on écrit Tania, c’est plus joli). Et hop, encore un petit coup sur la ligne de plus grande pente pour accéder au niveau 2225 environ. Replat ensuite, et c’est là que ça devient intéressant : dans ce secteur, la route s’approche de la LPE et paresse sur quelques hectomètres à environ 2230 mètres d’altitude jusque vers le Lac Bleu, en laissant sur sa gauche les mamelons cotés 2249 et 2240, dont les sommets sont sur la LPE (il y a bien sûr un col topographique entre les deux, mais il y a mieux ; on ne va pas chipoter). La route passe ensuite à quelques mètres de cette ligne à proximité du Lac Bleu, où commencent les pentes qui conduisent au Rocher de la Loze.

Le col à proximité du Lac Bleu

Ce qui signifie que nous passons (à quelques mètres près, et sans le traverser) à un col. Le voici ci-dessus, photographié d’un peu plus haut sur la route. Sur cette vue, on aperçoit à gauche le « mamelon 2249 » au dessus de la route et de l’arrivée du télésiège du Bouc Blanc, et au centre le « mamelon 2240 » qui porte deux arrivées de remontées mécaniques du versant des Verdons. Au pied de ce mamelon à droite, le col. Le lac bleu est légèrement plus à droite, à peu près à l’altitude du col, masqué de peu par un ressaut de terrain. Bien entendu, pour que le club des cents cols en prenne un en considération, il faut qu’il soit nommé. Celui-ci ne l’est pas sur les cartes actuelles, mais assez souvent c’est en remontant un peu le temps qu’on trouve la preuve d’une dénomination, et c’est ce que nous allons faire.

Le Lac Bleu et son émissaire (photo Robin Garnier)

Auparavant, regardons de plus près le Lac Bleu sur la photo ci-contre, prise depuis sa rive sud-est. À l’extrémité opposée du lac, à côté de notre route alors non goudronnée, on distingue la position de l’émissaire de ce lac, appelé à jouer un rôle crucial dans notre argumentation. Il est ignoré des cartes actuelles, mais voyons plutôt la carte IGN de 1950 ci-dessous :

Extrait d’une carte IGN de 1950 (© IGN)

Nous y retrouvons nos deux mamelons et la LPE bien soulignée par les ombres (mais pas la piste qui n’existait pas encore). Nous y voyons bien entendu le lac, avec cette fois son émissaire bien figuré et surtout, explicitement nommé « ruisseau du golet ». Bingo ! On sait que, en Savoie notamment, « golet » est souvent employé comme synonyme de col. Et dans le cas présent, ce col ne peut être que celui dont nous parlons.

Le lac bleu et le golet vus du sud, d’après une carte postale récente (© EDY Chambéry, photo Olivier Collomb)

Il est donc clair qu’il a bien porté un nom à base de ce terme (golet, le golet, golet du lac ? ), et de manière suffisamment notoire pour que ce nom ait servi à désigner le ruisseau. Sur la dernière vue du lac (ci-contre), prise d’un peu plus haut côté sud-ouest, le ruisseau est à sec en raison du niveau du lac, mais le golet est bien là. Il a donné son nom au ruisseau qui, en retour, nous a conservé la mémoire de l’appellation du col.

Au sommet des Lanches

Sur la dernière longueur avant le sommet des Lanches, la pente est de nouveau soutenue, la route se contentant de louvoyer sans véritables lacets mais c’est assez court (700 m environ). En haut, juste avant le début de la descente sur Méribel on trouve sur le talus à gauche un petit cairn à côté d’une table de pique-nique, d’où l’on peut voir pas mal de choses intéressantes.

Vue (presque) du (vrai) col de la Loze depuis la table de pique-nique au sommet des Lanches

Les deux photos qui suivent sont prises de cet endroit. Sur la première ci-contre à droite, on voit presque le (vrai) col de la Loze, qui se situe à l’intersection de quatre sentiers dont trois sont visibles : au premier plan, celui (vététable) qui descend sur le col ; à gauche, celui qui descend vers le Lac Bleu et celui qui monte vers le rocher de la Loze. Au col même, un panneau le qualifie de pédestre, mais sur un écriteau fixé au même piquet on peut lire « XC – VAE1 – Méribel/Courchevel Electric ». Les piétons auront donc de la compagnie. Plus loin sur la même vue, on distingue la partie supérieure de la crête qui sépare les vallées de Courchevel et de Méribel. Très intéressante, car elle comporte douze cols catalogués, dont huit à plus de 2000 mètres, la plupart du temps sur des pistes sur lesquelles il est facile de pousser quand on ne peut plus rouler. On voit ici le col des Choumes (2485 m.), et (presque) le col de La Chambre (2783 m.),  le plus haut des douze, masqué par le mont du même nom.

Vue partielle de la crête entre Méribel et la vallée des Belleville

La vue suivante nous en montre deux autres, dont le Pas de Cherferie qui va prochainement connaître la même célébrité que son voisin d’en face, car son goudronnage est prévu. À titre de transition, notons qu’on aperçoit en bas à gauche de la photo les ailes d’un dragon statufié. C’est le premier des jalons choisis par Marc Liaudon pour décrire le parcours qu’il nous conseille pour rejoindre le col suivant.

De la Loze à la Lauze, sur la piste des dragons

Le premier dragon, presque en face du sentier inférieur du (vrai) col de la Loze

Le tracé de cet itinéraire est très apparent sur Google Earth (photo de 2016), mais on ne le voit pas sur une carte ordinaire. Normal : c’est bien une piste, mais de ski. Plutôt lisse, mais avec par endroits des plongées à plus de 30 %.

Le second dragon, à l’entrée du premier virage

Juste après le second dragon, plutôt rigolard et sympa (le dragon intermédiaire, à quatre pattes sur une table, en couleurs et assez criard, ne compte pas), un large virage à gauche (alt. 2120 m. environ) est équipé de filets qui pourront éventuellement accueillir un vététiste trop hardi.

Sur la piste des dragons, peu avant le troisième

Un peu plus bas, après un troisième dragon

Le troisième dragon indique qu’il faut bientôt prendre à droite

(la tête en bas), on tourne à droite (alt. 2020 m. environ) pour retrouver une piste « routière » à pente normale, sur laquelle on descend quelques lacets avant de prendre la première piste qui monte à droite près du point coté 1911. De là un bon sentier conduit au Pas de la Lauze, alias Pas de Fontany (1951 m.), où on rejoint le GR de crête dont on n’a pas voulu. Les sentiers sont bien dégagés et bien balisés, et jalonnés de nombreux panneaux indicateurs. Parfois ne sont mentionnées que les « têtes de ligne » que sont le Lac Bleu et Creux Loup. Le touriste qui ne navigue pas au pilote automatique fera donc bien de les repérer sur sa carte avant de partir. Ensuite, après une courte montée le sentier est essentiellement descendant, parfois un peu rapidement. Il est bien pourvu en racines saillantes dans sa partie forestière, mais sans rien qui pourrait rebuter un vététiste normal. Ne descendez pas trop vite et surveillez l’altimètre, afin de ne pas manquer le Pas des Cotilles (1778 m.), hors du sentier sur la droite et assez peu visible. Poursuivant la descente, on retrouve bientôt une piste carrossable sur laquelle on passe, en principe, au Pas de la Cassenuis (1680 m.). Je dois dire que, à l’endroit indiqué par le club des cent cols, j’ai du mal à en voir un,  aussi bien sur le terrain que le nez sur la carte. La différence importante entre son altitude et son matricule (1590) pourrait faire penser à une erreur de localisation, mais je ne vois rien plus bas non plus. Cette excellente piste nous conduit à Creux Loup, où nous retrouvons la D 98 qui relie Méribel Village à La Tania et Courchevel, ainsi éventuellement que les copains qui ont choisi l’itinéraire purement routier.

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(3 commentaires)

  1. Merci Lucien pour cet article détaillé.
    J’ai mis un lien sur notre page F.B. , en espérant faire partager ce parcours aux cyclistes intéressés….
    Amicalement,
    Albert Costa.

    1. Merci Albert. Effectivement, cela peut rendre service à d’autres cyclos. Nous avons nous-même apprécié les indications données par Marc Liaudon, une partie du parcours étant « hors cartes »
      Amitiés,
      Lucien

    • BENOIST Alain on 22/12/2019 at 22:46
    • Répondre

    Bonjour Lucien,
    Merci pour le partage de ce parcours avec une description très bien documentée.
    Voilà une bonne idée pour une prochaine sortie, quand la neige aura fondu!!!
    Amitiés
    Alain BENOIST

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