Sortie VTT du samedi 18 septembre 21 Beaufortain: Le Passage du Curé

au dessus du refuge de la Croix du Bonhomme

Les randonneuses de la Roche aux Vents, au col de la Saulce

Nous étions 17 cyclistes forcément chevronnés et 4 randonneuses évidemment aguerries au départ du Chalet de Roselend ce samedi ensoleillé de septembre. Lucien et Marylène sont venus nous accompagner pour la matinée jusqu’au Col de la Sauce.
Tandis que l’échauffement se fait sur la route du Cormet de Roselend jusqu’à la dernière épingle, les marcheuses rejoignent en voiture le refuge du Plan de Lai pour leur départ vers les crêtes des Rochers du Vent.

la bande de poursuivants des poursuivants

Les VTT touchent la terre avec une piste confortable qui rejoint le vallon avant de s’élever rapidement sur le

versant Sud. Là commencent les envolées de “J. l’Impala” et de “JF le Mustang”, propres à décourager les moins entrainés et à motiver les moins … trainés. Très rapidement après nos premiers souffles courts, les deux arrêts de regroupement sur cette piste en zigs puis en zags de ce “coteau” s’avèrent utiles pour requinquer les troupes et surtout pour nous permettre de côtoyer un peu dans la journée les sus

Christophe poursuit son effort

-nommés !
Le Col de la Sauce (2307m) est entouré de deux crêtes. Nos randonneuses ont déjà atteint celle au Nord qui fait le lien entre les Rochers du Vent et Les Roches Merles, tandis que les vélocypédistes se dirigent au Sud vers les Crêtes des Gittes par un sentier régulier affrontant de travers la pente soutenue

 

au vu de la crête, les hommes se sont évadés

.

 

Parvenus sur la crête, le regard sur les panoramas s’impose. Au premier plan, nous dominons le Cormet de Roselend, et plus à l’horizon, à travers les nuages épars nous apercevons notamment le Rutor, la Grande Sassière et le Mont Pourri. Au Nord nous apercevons quatre silhouettes sur l’autre crête qui se rapprochent des Roches Merles. L’heure du pique-nique a sonné. Nous nous posons sans vergogne le long du chemin dont l’accotement admet à peu près une paire de fesses. C’est le moment choisi par quatre randonneuses (pas les mêmes que les nôtres…) accompagnées d’un Labrador, pour surgir sur la crête et quémander un droit de passage dans ces entrelacs de cuissards inactifs et de sacs à dos avachis. L’analogie entre nos 4 randonneuses là sur l’autre crête, et ces 4 randonneuses-ci sur cette crête-là est surprenante. À leur passage, un cétégiste quelque-peu inquiet pour la suite propose un échange entre son vélo de 12kg et le chien vaillant. En vain, mais bien tenté tout de même.

Mais Séverine persévère …


Passé le point haut de la crête, c’est un joli “single” qui s’offre aux hardis vététistes, agrémenté d’un pittoresque “pif-paf” taillé dans la roche, histoire de visiter un versant puis l’autre de la crête. À la deuxième épingle, Alain a cru bon de laisser sa roue arrière sortir de son emplacement, ce qui a généré un laissez-aller du disque quittant sans scrupules les mâchoires de freins, ce qui a provoqué (suivez bien, c’est technique) une adhérence inopportune des plaquettes, laquelle empêche en retour, et en toute logique, toute velléité de replacer le disque et la roue à leur place initiale – je vous l’avais bien dis, c’est technique. Et c’est là que Christophe puis André, R.U.*1 de leur état se sont affairés pour remettre les choses en ordre, grâce à un outil magique en matière plastique*2.
Cet incident vite oublié, le single-track nous mène rapidement vers le Col de la Croix du Bonhomme, surmonté du refuge du même nom.
À cet endroit un petit café à 2443 mètres ne se refuse pas, surtout servi par une charmante personne affublée d’un pull en laine et d’une légère pointe d’accent étranger. Une fois le gosier réchauffé il fallait franchir un talus de 36 mètres de dénivelé, sans ascenseur, pour atteindre la cote 2479, point culminant de la journée. La piste qui y mène présente un aspect conciliant, cependant après la pause, le café n’était pas pour plusieurs d’entre nous, encore descendu jusqu’aux jambes! Évelyne a été une des rares à aborder la butte sur la selle, mais a… buté sur la pente finale faussement tranquille. Seul Christophe semble-t’il, s’est cogné cette formalité sur le vélo*3. En haut, à la croisée des chemins, deux discussions se règlent très rapidement: 1)- col, ou pas col ? Réponse: pas col, confirmée par Christian le Gentil Géographe; 2)- Pousse-t’on vers le Col des Fours, 186 m plus haut ? En réponse à celle-ci les guidons se tournent vers le bas et nous enfourchons nos montures, pressés de rouler.

À partir de ce point c’est la descente (hi hi).
Mais… pour les annales, comment qualifier ce segment chaotique en traversée de près de deux kilomètres de linéaire ? Et bien :… chaotique ! Perso, je le nommerais bien “La Grande Traversée Félonne” (le terme de “Grande Traversée des Dieux” étant déjà déposé). Le secteur commence par un enchevêtrement de dalles en pente, qui requiert un minimum de solidarité pour faire passer les vélos.

à ce moment-là, nous pensons que ce passage sera bref …

 Une fois franchi ce passage, on se dit que mieux valait que ces dalles ne soient pas mouillées! S’ensuit une longue procession à travers des pierres solidement enchâssées au sol, des blocs et des cailloux dans tous les sens, pénibles à franchir également pour les randonneurs sans vélo. Ceux-ci d’ailleurs croisés sur ce terrain compatissaient ouvertement, et semblaient se demander à quel point nous aimions notre vélo, pour le promener ainsi comme on promène son chien à 22 h, après le film.
Le chien noir, Lui et ses quatre maitresses (le veinard !), en a profité pour nous doubler dans ce secteur dépourvu de pistes cyclables.

des dalles en pente, heureusement sèches !

Au Col du Bonhomme (éreinté) -2329m, c’est le vélo qui a eu bobo, et non pas le bonhomme ! Philippe déplore un déchaussement du patin avant, et au chevet du Decath une poignée de médecins malgré eux se penchent, les mains sur le menton. Après une courte réflexion, ils se lancent. Le premier, le Professeur Daniel se montre le plus perplexe: “jamais vu ça !”. Le moins réaliste propose de remonter la pente, pour chercher le patin manquant dans la meule de cailloux. Mais le plus carabin se dévoile en annonçant son diagnostic: “il a roulé un patin !”. Ne dénonçons pas ici ce joyeux soigneur, aussi farceur qu’inefficace ! Malheureux Philippe, qui connait l’avarie et les plaisantins juste au moment où l’on peut tenter de rouler !
En deçà du col, l’étroit sentier courant droit dans l’alpage demande vigilance car très orniéré. Il nous amène vers la Bergerie des Cavets, environnée de parcs clôturés en filets souples. Une fois passé ce lieu de vie, où l’âne fait préjuger de la présence de l’homme, deux éléments stoppent la fluidité de notre pilotage. Si vous passez un jour par cet endroit, méfiez vous des patous anatoliens, mais aussi des clôtures en filet souple. Ces dernières, finalement se révèlent bien plus agressives qu’un patou zélé. Philippe le malchanceux en a fait précisément ici l’amère expérience, et, tout en faisant des roulades interminables sur la prairie très en pente, a appris que les filets souples pratiquent le judo, 7ème dan. Toutefois les filets souples savent sélectionner leurs ennemis, et dans leur grande mansuétude, ils retiennent le vélo en haut de la pente. Sans doute ont-ils considéré qu’un bobo était déjà suffisant pour un vélo.

Après cela, le franchissement du Patou n’a été qu’une formalité, mais celui-ci annonçait la sévère rupture de pente déjà aperçue depuis les crêtes. Vélo tenu par les cyclistes, ou cyclistes tenus par le vélo, on ne sait pas trop. Toujours est-il que Gérard s’y adonne à une rébellion latente contre la-marche-forcée-à-coté-du-vélo, en inventant deux principes redoutablement efficaces: celui de la douleur au dos sélective en fonction du mode ambulatoire, et celui, déjà prôné par la SNCF, d’une douleur qui peut en cacher une autre. Comprenne qui pourra, comme disait un Pompidou en grande forme. Au total, notre Gérard aura trouvé le système pour se faire porter le vélo par un touriste belge jusqu’à la piste roulante. Très fort, Gérard !

la traversée du torrent précède le Passage du Curé


Après avoir rejoint et franchi le torrent, un défilé étroit oblige à reprendre un peu de hauteur pour aller trouver le “Passage du Curé”. Ce cheminement taillé dans le roc en 1892 et surplombant le torrent d’une soixantaine de mètres vaut le détour.*4

Au hameau de La Gittaz, le torrent tumultueux laisse place à une rivière plus apaisée, et à une bande de vaches apaisantes, attendant la traite des rousses. À ce moment on ne sait trop pourquoi un choix a été fait de prendre la voie la plus rapide pour rejoindre l’Hôtel. Sitôt dit, le départ est donné par JF Le

du Curé

Le Passage

Mustang qui se lance avidement sur cette piste grenue et poussiéreuse, cherchant de la sorte à chasser quelques fourmis de ses mollets, et signifiant ainsi qu’il est l’heure de passer le seuil des 27.5 km/h. Le barrage de la Gittaz à peine admiré, le petit tunnel se franchit encore moins admiré. Bientôt la petite remontée sur la grand-route laisse entrevoir le camping-car de Daniel et Joëlle, prélude à l’arrivée à l’hôtel.
Parvenu à l’hôtel, Gérard s’est souvenu avec acuité des fameuses “dalles en pente” qui était sèches. Il a décidé qu’il fallait remédier à cela, et a payé sa tournée générale. Des dalles en pente, là aussi il a pu en voir !

En synthèse, on peut affirmer qu’il s’agit là d’une magnifique randonnée, effectuée sous un ciel bleu. Il faut noter qu’on a le droit aussi de la parcourir à pied avec un chien.

Surtout, cette excursion a été l’occasion d’une expérience inédite. Il a été ainsi démontré ce 18 septembre que 4 femmes et un chien montent plus vite une crête que 15 originaux avec un vélo. Pour ce théorème, la “preuve par 9” nous a été fournie à la descente avec la deuxième constatation scientifique: 15 dauphinois promenant leur vélo descendent moins bien un “Passage du Curé” que 4 touristes belges et un vélo. Comme quoi, indubitablement avec cette randonnée, le CTG a fait avancer la science.

∞  ∞  ∞

*1:  R.U. = Réparateur Urgentiste

*2: Voyez comme les matières plastiques sont utiles, lorsqu’elles ne sont pas dans les océans !

*3: Si par hasard un protagoniste expert avait échappé à la vigilance de l’auteur de ces lignes, une réclamation peut être déposée en rubrique “commentaires” ci-après.

*4: Ce serait un chanoine, propriétaire des alpages isolés, qui aurait commandé ce travail pour les désenclaver. Pour ceux qui désirent le voir sans le détour, une vidéo de 4 minutes peut se trouver sur le site vidéo le plus connu du web.

photos: Daniel, Joëlle, Hervé, et Alain

 

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5 Commentaires

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  1. Quel plaisir cette rédaction ! Un coup de blues et je relis….
    Chapeau Alain !

    • Jean-Pierre RD sur 30/09/2021 à 19:38
    • Répondre

    Merci pour ce beau souvenir d’une sortie mémorable. Les photos sont très parlantes.
    Jean-Pierre

  2. Un seul qualificatif pour cette journée : épique.
    Pour ma part, pas de regret finalement de vous avoir abandonné ce samedi même si j’ai fait la route pour rien le lendemain. Bravo encore Alain pour ce nouvel épisode de la Légende des siècles.

  3. Bonjour Alain .

    Je me suis permis d’intervenir sur ton article, pour que les photos s’ouvrent en grand .
    C’est vraiment impressionnant ce que vous avez réalisé . Bravo

  4. Merci Alain pour ce témoignage, pertinent et avec une belle dose d’humour.
    Cette aventure laissera des souvenirs.
    Dommage que la météo du Dimanche ne nous ai pas permis d’équilibrer les difficultés…
    Et si un jour un fait un classement des comptes rendus, tu devrait bien figurer…

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