Le col de Sarenne : 1999 m ou 2009 m

Gérard Galland et Christian Jeandey.

 

Un groupe de CTG au col de Sarenne (2018)

Situé dans le massif des Grandes Rousses,
le Col de Sarenne(FR-38-1999)
met en relation l’Alpe d’Huez et la vallée du Ferrand (Clavans en Haut-Oisans).

Hydrographie :

De part et d’autre s’écoulent deux affluents de la Romanche : le Ferrand qui se jette dans la Romanche en aval du barrage du Chambon et le ruisseau Nou, confluant avec la Sarenne, en dessous du col (altitude 1826 m). La Sarenne prend sa source au glacier de Sarenne situé au nord du col et bien connu des skieurs de l’Alpe d’Huez, elle se jette dans la Romanche à La Paute, en aval de Bourg-d’Oisans.

Accès, historique :

Pour connaître l’histoire de la construction de la route du Col de Sarenne, nous avons interrogé la Mairie de l’Alpe d’Huez.

Frédérik TANE nous a adressé la réponse suivante : « La construction de la route entre Alpe d’Huez et le col de Sarenne est concomitante de la construction du célèbre tunnel (piste noire ouverte en 1964 en dessous du Pic Blanc).  C’est d’ailleurs la même société qui a construit cette portion de route et le tunnel : la société iséroise Vigne. A l’époque la route passait par le site archéologique de Brandes.
En 1967, le départ ne passe plus par Brandes mais légèrement en amont grâce à la construction de la route de l’altiport. Cette même année, la route est prolongée entre le Col de Sarenne et le lieu-dit Le Perron dans la vallée du Ferrand (un gros rocher protège une maison des avalanches). On doit les travaux réalisés en 1967 à l’entreprise Pegaz & Pugeat qui réalise également la piste de bobsleigh de l’Alpe d’Huez (championnat du monde de 1967 et JO de 1968).
La portion de la route entre le Perron et le Chambon existait déjà au préalable.
Merci de citer le nom de M. Robert Hustache, mémoire vive de l’Alpe d’Huez, dans votre article.  Il m’a communiqué des renseignements précieux pour vous répondre. »

Quand la route donnant accès au col de  Sarenne a-t’elle été revêtue ?
Cette information a été difficile à obtenir. Nous savions qu’en 1980 et 1982 pour le second et troisième BRO (voir plus loin) le parcours comportait 10 km de route en terre, et pour y être repassé (photos ci-dessous)  que la route était revêtue sur les 2 versants en 2008.

Les centcollistes nous ont apportés les informations suivantes :

  •  En 1985 coté oriental, et après Clavans la route n’était pas complètement revêtue (f)
  • C’est dans l’additif de 1989 (page 61) que le col de Sarenne est passé en col routier (CV) sans précision de versant. Il a donc sans doute été bitumé en 1988 (g)
  • Le col est indiqué Routier dans le Chauvot (format livre) édition 1994 (d).

 

Accès actuel

La route et les gorges de la Sarenne

 

 

A l’ouest, au départ de Bourg d’Oisans la D211, en 13,8 km à 7,9 % de moyenne et 21 lacets conduit à l’Alpe d’Huez (1800 m), d’où la RD25A (également nommée Route du Col de Sarenne), conduit, en passant par les gorges de la Sarenne, au col en 8,3 km.

 

 

La route versant Clavans

 

 

Au sud-est, l’accès se fait, en 13 km, depuis la RD1091, auniveau du barrage du Chambon (altitude 1050m), par la RD25 (puis 25A) qui passe par Mizoën, Clavans le Bas et Clavans en Haut-Oisans).

 

 

 

 

Profil du Col de Sarenne : de Bourg d’Oisans au Barrage du Chambon (Openrunner)

Accès au col de Sarenne : variantes cyclomuletières pour chasseurs de cols

Pour les amateurs de cyclo-muletiers, il est possible d’accéder au col de Sarenne au départ d’Auris en Oisans. La piste commence peu avant la Chapelle St-Giraud (altitude 1527 mm) en direction de Cluy ;  en 3,5 km on atteint le Col de Cluy (FR-38-1801) (cotation R1), d’où l’on redescend en 1 km dans les gorges de la Sarenne (altitude 1720 environ) que l’on remonte pendant 2 km pour rejoindre  la RD25A à l’altitude 1826 m, à 2 km du Col de Sarenne.

Le chasseur de cols, attiré par un « plus de 2000 », pourra à partir du Col de Cluy aller visiter le Col de Grange Pellorce (FR-38-2076) (cotation S2-3). De mémoire, on pourra rouler 1 km jusqu’à la Cabane du Perchon (vers 1830 m), puis il faudra marcher 1,7 km à la montée en passant en dessous des Grandes Buffes, pour atteindre le col, puis marcher encore 1,5 km à la descente pour rejoindre la RD25A, vers l’altitude 1850 m.

Altitude :      

Selon les cyclos

Il est répertorié à  1999 m par le Club des 100 cols (FR-38-1999), et ceci depuis l’édition du premier catalogue (Le Chauvot) en 1981 dans lequel il figurait avec la référence 38-215 et la cotation « R ».

Selon les cartes disponibles

Notre président des CTG Jules Arnaud, (créateur du BRO en 1980) plaide depuis la création dudit BRO pour considérer le Col de Sarenne comme « un 2000 », il vient d’en apporter une preuve avec des copies de cartes IGN de 1974 (1/50 000) et 1977 (1/100 000) qui indiquent 2009 m.

Par ailleurs, la carte Michelin n°77 au 1/200 000, édition 1980, indique également une altitude de 2009. (Celles de 1989-1992 indiquent 1989 m et celles de 1993 et postérieures 1999 m).

Le col aurait été raboté lorsque la route a été revêtue (a).

Carte IGN au 1/50 000, édition 1974

Carte Michelin n°77 au 1/200 000, édition 1980

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Col de Sarenne a fait l’objet de nombreux articles dans la littérature des chasseurs de cols, il est décrit avec une altitude à 2009, avec piste (1).

Sur la base de ces anciennes cartes, certains centcolistes avaient inscrit le Col de Sarenne comme « 2000 », les plus sourcilleux l’ont, depuis, retiré de leur liste (b).

Son altitude à 1 m en dessous du seuil symbolique de 2000 m, a entraîné une certaine frustration des cyclos. Certains sont partis avec une carte indiquant 2009 et sont arrivés au col et ont trouvé une pancarte indiquant 1999 m (2). Cette frustration a entraîné l’écriture d’un article – très humoristique, certes – appelant au boycott du col de Sarenne… (3)

A quoi se rapporte la côte 2009  ?

La thèse du rabotage de la route est contestée ; il aurait fallu raboter de 10 m mais il n’y a pas de tranchée (c). Le point indiqué 2009 sur les cartes anciennes se rapporterait à l’altitude du mini-sommet situé sur le sentier à 135 m au sud du col et à l’altitude de 2008 m sur la carte actuelle (c).

L’altitude de 2008 m, qui est parfois attribuée à ce col, est celle de la barre rocheuse au sud-est (elle offre d’ailleurs un très beau point de vue sur Clavans et la vallée du Ferrand, près de 800 m plus bas !) (4)

Peut-on faire vraiment confiance aux nouvelles cartes de l’IGN ?

La question a été posée aux experts du Club des Cent Cols par le truchement de son réseau social.
Épargnons nous les suggestions facétieuses de certains, comme celle de monter une expédition avec le matériel adapté (bouteilles), d’autres arguant qu’un trop grand nombre (de bouteilles) nuiraient à la qualité de la mesure proposeront de ne mettre dans les sacoches que celles millésimées an 2000.

  • La réponse fournie par Graham Cutting (d) du Club des Cent Cols est la suivante:

« Sans rentrer dans une comparaison technique des modèles altimétriques différents on sait que tous ces « DEMs » (dont Google Earth) disponibles au grand public ont des écarts de précision verticale de plusieurs mètres et ne peuvent en aucun cas rivaliser avec la précision d’un géomètre sur place. Les LIDARs professionnels (payants) ou les outils des militaires sont sans doute plus précis.
Ce que l’on peut constater est que le point identifié dans le Chauvot n’est peut-être pas le point le plus haut de la route. Cette altitude semble être atteinte 100m au sud vers l’entrée des chalets.

Les outils différents donnent les altitudes suivantes :

BDALTI 1993m (1999m un peu au S)
Google Earth 2000m (2004m un peu au S)
SRTM3 (void-filled) 1986m
SRTM 1 1988m
Aster GDEM V2 1991m

 La moyenne de ces mesures est de 1994 m (GE étant le plus « optimiste ») et même si l’on « gratte » quelques mètres de plus sur la route le faisceau d’indices semble indiquer un point inférieur à 2000m.

Ou au moins pas d’erreur grossière dans notre catalogue de la France ».

  • Réponse de François Beauducel (d) de l’IPGP (Institut de Physique du Globe)

« À ma connaissance, les altitudes indiquées par Google Earth sont celles du SRTM, c’est-à-dire avec une erreur de ±16 mètres en moyenne sur la base de données, sans doute un peu moins dans les zones bien dégagées et plates, mais plurimétriques sans aucun doute. L’indication de la source satellite (type Landsat) correspond à l’image visuelle.
 En revanche l’IGN fait des mesures au sol, beaucoup plus précises, pour ses cartes, par nivellement et/ou GPS différentiel au sol, ce qui amène à une précision décimétrique voire centimétrique.
Personnellement je dirais que si le col est à 1999 m, le corps du cycliste est en bonne partie à 2000 !

 Moralité faisons confiance à l’IGN.
Pour ceux qui voudraient approfondir le sujet de la géodésie moderne et avoir une idée du matériel nécessaire pour atteindre une précision de l’ordre du centimètre (5) et aussi un aperçu de son rôle primordial en climatologie (6) ».

 

Cyclotourisme

Le BRO, est passé pour la première fois au Col de Sarenne en 1980, à l’occasion de sa 2éme édition, avant de monter à la Bérarde (460 participants et escorte de la gendarmerie nationale) … Le col n’était pas revêtu côté Clavans [a].

Le BRO a été crée par Jules Arnaud en 1978 le parcours partait le 2 juillet de Grenoble (bar de l’anneau de vitesse), passait par le Col Luitel, puis la Morte, le col d’Ornon, Bourg d’Oisans, et aller-retour pour pointer à la gare du téléphérique de l’alpe d’Huez (ravito), puis retour à Grenoble (190 km et 4000 m d’élévation). 250 participants. Vidéo du premier BRO.

Note GG : J’ai participé au premier BRO avec Bernard Perrin qui, au retour, à Séchilienne, a préféré escalader le Luitel pour rentrer à Grenoble plutôt que de passer par Vizille et Uriage !

Depuis, tous les 2 ans, les années paires, une version du BRO emprunte le Col de Sarenne.

Pour le BRA (tous les 2 ans, années impaires), une variante dite « Super BRA » propose d’inclure le Col de Sarenne dans le parcours. Pour l’édition 2019, (départ de Bourg d’Oisans), le col était escaladé à la descente du Lautaret, ce qui faisait un parcours de 201 km et 5310 m de dénivelé.

Cyclisme

En 2013, le Critérium du Dauphiné puis le tour de France ont emprunté le col de Sarenne après l’ascension de l’Alpe d’Huez.

 Le passage du Tour par le col de Sarenne a provoqué la vive réaction d’écologistes locaux critiquant le passage à proximité d’une zone soumise à un arrêté préfectoral de protection de biotope et la menace potentielle sur l’habitat naturel d’un passage d’une épreuve aussi grande que le Tour de France.

Malgré les protestations et les oppositions, le parcours fut maintenu tel quel, avec cependant des aménagements spéciaux : la caravane du Tour dut s’arrêter au premier passage à l’Alpe d’Huez et des aménagements spéciaux furent établis dans la zone du col pour limiter au maximum l’impact écologique (interdiction des camping-cars, réduction du bruit et de la vitesse, panneaux d’avertissement concernant le caractère naturel du site…) (7).

Le refuge du Col de Sarenne

Le refuge en 2008.

 

Le refuge a été construit en 2003, il était situé à gauche en arrivant au Col depuis l’Alpe d’Huez.

Il a été ravagé par un incendie le 27 décembre 2016 (voir l’article de Jules A. sur ce site : 8).

 

 

 

Merci pour leur contributions à :

(a) Diverses communications personnelles, Jules Arnaud,
(b) Réseau social CCC, Courriel de Didier Remond,
(c) Réseau social CCC, Courriel de Denis Chouquet-Stringer,
(d) Réseau social CCC, Courriels de Graham Cutting,
(e) Courriel de François Beauducel.
(f) Réseau social CCC, Courriel de C. Bastidon (CCC 55)
(g) Réseau social CCC, Courriel de Dominique Joly

Références, publications :

(1) Joëlle et Philippe Giraudin, « Variantes en Oisans », Revue Club des 100, Cols N° 12 Page 28, 1984.
(2) An. « Qui a raboté le col de Sarennes ? » Revue Club des 100 Cols, N° 18 Page 18, 1990.
(3) Robert Jonac « Boycottons Sarenne » Revue Club des 100 Cols, N° 18 Page 19, 1990.
(4) Réné Poty « Du bon usage de la carte » Revue Club des 100 Cols N° 27 Page 62, 1999.
(5) Géodésie moderne https://www.research-collection.ethz.ch/handle/20.500.11850/11522
(6) Anny Cazenave « La terre une planète pas comme les autres » https://public.weconext.eu/academie-sciences/2018-06-26/video_id_000/index.html
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/18e_%C3%A9tape_du_Tour_de_France_2013
(8) http://cyclotourisme-grenoble-ctg.org/CTG/serie-noire-sur-la-route-du-bra-le-feu-au-col-de-sarenne/

 

Share

(1 commentaire)

    • Claude BASTIDON on 26/03/2020 at 11:19
    • Répondre

    Bonjour à tous,

    J’ai fait Sarenne en 1985, coté oriental, et après Clavans la route n’était pas complètement goudronnée. Certaines portions assez longues comprenant des virages étaient en pierraille assez roulantes malgré tout. Le dernier km était « montagnard », très étroit et aussi raide que de nos jours.

    La deuxième fois, en 1992, en montant par l’Alpe je crois me souvenir que le versant occidental était goudronné mais pas terrible, et le versant Mizoën étroit, pas très roulant, lui aussi goudronné avec quelques passages bruts, notamment les passages à gué.

    Depuis le passage du Tour de France ce col a perdu un peu de son « authenticité » montagnarde, route plus large sur le haut et goudron de qualité très acceptable.

    Lors de mon premier passage je l’avais identifié comme supérieur à 2000 ( 2006 je crois, récupéré je ne sais où ). Mais 2000 ou pas c’est très certainement un des plus beaux passages de toutes les Alpes.

    Bon confinement à toutes et à tous

    Prudence et patience

    C.BASTIDON (CCC 55)

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiée.

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Translate »
Le site des Cyclotouristes Grenoblois (CTG)