TOUR de l’OISANS et des ÉCRINS – randonnée permanente effectuée par François GERFAUD-VALENTIN en 2008

TOUR de l’OISANS et des ÉCRINS
photos : cyclotouristes Grenoblois

Comment tout cela a commencé, je ne sais plus. Sans doute quelqu’un m’en a parlé, puis un jour mon ami Georges m’en a reparlé, et j’ai vu la carte. À ce moment-là, j’ai su qu’il n’y avait plus qu’à trouver une date.

sur le balcon de l’ Armentier ( route d’ Auris en Oisans )

Ce fut le 7 mai 2008. Départ de très bonne heure pour Bourg-d’Oisans. Je pose la voiture en bas de la célèbre montée de l’Alpe d’Huez, et en avant. N’étant ni dopé ni même bon grimpeur et de plus portant plusieurs kilos de bagages, je ne pense pas faire un bon temps … Mais la réalité est encore bien pire : bon sang, que ce premier virage est long à venir! Et il en reste encore vingt autres. Puis on s’habitue. Après avoir pris le rythme je monte tant bien que mal avec juste un ou deux arrêts photo. L’Alpe d’Huez, véritable fourmilière en février, est aujourd’hui déserte. Déserte! J’y fais quelques allers-retours, l’un pour chercher un commerce pour contrôle et ravitaillement : rien. L’autre pour prendre des photos. Puis direction le col de Sarenne, qui est censé être ouvert. Le voyageur est prévenu qu’il « s’engage à ses risques et périls sur une route pastorale » selon la savoureuse expression. Et au début tout va bien. On contourne quelques cailloux, de nombreux gués pour les torrents saisonniers et des chevaux en liberté, mais cela roule.

refuge du col de Sarenne ( haut Oisans )

Puis à trois kilomètres du sommet, on change de côté de la vallée, passant sur un versant moins bien exposé, où le chemin est couvert de neige. Peu au début mais beaucoup plus au sommet du col, peut-être plus d’un mètre d’après mes estimations et les photos. Pas facile de marcher là-dedans en poussant le vélo. Heureusement, il est encore tôt et il ne fait pas très chaud : la neige est restée dure en surface. Ce ne sera pas le cas dans la descente, exposée au soleil levant, où j’enfonce parfois jusqu’à mi-cuisse, quand je ne descends pas sur les fesses à la suite d’une glissade. On devine le goudron un peu plus bas. Mais en y arrivant, surprise : il est jonché de cailloux, petits et gros, tout juste descendus de la montagne, et de mottes de terre, rendant impossible l’usage du vélo. Puis on retrouve enfin des paysages plus hospitaliers, Clavans d’abord, et Mizoen, avec une superbe vue sur le lac du Chambon.

col du Lautaret ( BPF des hautes Alpes )

Arrivé à la nationale, opération effeuillage et crème solaire pour attaquer la montée du Lautaret. Un arrêt apprécié à La Grave pour l’achat de ravitaillement et une photo. Puis un autre à Villard d’Arène : dégustation du casse-croûte. L’arrivée au Lautaret semble plus ardue que lors des BRA, peut-être à cause du poids des bagages. De plus il reste encore à proximité du sommet d’énormes talus de neige qui rafraîchissent l’atmosphère. Alors vite, boisson, tampon, blouson, et descente, aussi rapide que les autos, jusqu’à Briançon. Photo de famille de ma monture en compagnie des géants du Tour. Puis on enchaîne par les petites routes tantôt à gauche de la nationale, tantôt à droite, jusqu’aux Vigneaux, où on prend la direction de Vallouise. Superbe vallée au bout du monde et hors du temps, qui se termine par Ailefroide, le bout de la route « civilisée ». Après, c’est la montée au Pré de Madame CarIe, où je fais figure d’extraterrestre au milieu des montagnards et grimpeurs de toutes sortes. Hélas il est impossible d’aller jusqu’au bout. Arrêt à deux kilomètres du but au « parking d’hiver » devant un mur de neige. Demi-tour. Et comme toujours on a l’impression que le parcours est beaucoup plus bosselé à la descente. Poursuite en évitant la grand’route par une départementale déserte jusqu’à Guillestre, au pied des imposantes fortifications du Mont-Dauphin. Puis je cède à l’envie de rejoindre rapidement Embrun par la nationale, comptant bénéficier du trafic routier pour être abrité du fort vent de face qui souffle depuis la mi-journée. Arrêt ravitaillement rapide à ma boulangerie habituelle, et voilà le lac de Serre-Ponçon, magnifié par le soleil couchant. Encore un petit morceau de nationale, mais pas trop fréquentée, pour rejoindre La Bâtie-Neuve. Là je fais une affaire : à la boulangerie, j’acquiers un volumineux assortiment de viennoiseries pour quelques euros. Après l’heure du goûter, on solde. Cela me fera trois repas, jusqu’au lendemain dix heures.

dans le col de Manse ( Gapençais )

Mais trêve de douceurs, voici le col de Moissière. C’est une petite route calme à travers prés et bois d’où l’on peut admirer de superbes paysages. Tranquille mais plutôt raide, surtout sur la fin, au point que je termine à pied. Passé ce coup de fatigue, la descente est fort agréable jusqu’à Pont-du-Fossé, où bouillonnent les eaux tumultueuses du Drac. Bref aller-retour plutòt facile au bar d’Orcières, juste à l’heure de l’apéritif, où je suis le seuI à ne pas boire d’alcool. Et pourtant, ayant dépassé les deux cent cinquante kilomètres, je considère la journée comme terminée, mais décide de continuer encore un peu pour voir. Vêtements chauds et équipement nocturnes obligatoires, vu l’heure tardive. J’espère trouver encore un bar ou restaurant ouvert pour le contrôle … quand tout à coup, à l’entrée de Saint Bonnet-en-Champsaur, une boutique ouverte, et illuminée, à neuf heures et demie passées ! Si, si : la pharmacie de garde. J’attends patiemment mon tour et demande un coup de tampon : « Eh bien ! Alors ça ». Interloqué, le pharmacien n’en revient pas. Puis il retrouve vite ses réflexes professionnels : «Vous avez un gilet fluo, c’est bien. Vous êtes bien éclairé, au moins ? Ah, la lampe frontale sur le casque, parfait. Soyez prudent, bonne route ». Merci mais ne vous inquiétez pas Docteur, j’ai l’habitude. D’ailleurs je ne vais pas tarder à m’arrêter pour la nuit. Et aussitôt dit, aussitôt fait. Juste avant Les Costes, je trouve un pré confortable pour dormir. Après avoir déployé ma couverture de survie, je m’abandonne à la contemplation du ciel. Un truc infaillible pour s’endormir: compter les étoiles, cela va plus vite qu’avec les moutons.

vallée de la Séveraise ( en Valgaudemard ) près de la Chapelle en Valgaudemard

Le lendemain commence par une grasse matinée jusqu’à presque sept heures, une heure après le lever du jour. Après avoir failli heurter deux biches et cherché un peu les chemins vicinaux sur la rive gauche de la Séveraisse, je remonte le long de ce volumineux torrent jusqu’ à La Chapelle-en-Valgaudemar. C’est un charmant village aux maisons anciennes frileusement blotties les unes contre les autres, au point qu’on se demande parfois où est la sortie de l’agglomération. Puis on file à travers prés. C’est bien le royaume des biches, tout étonnées et même pas effrayées par ce drôle de promeneur qui va aussi vite qu’elles. Enfin, dans le plat… Mais justement, la route s’élève davantage, et comme le soleil vient d’apparaître, il me faut changer de tenue, troquer Ies jambières contre la crème solaire. Après le Rif du Sap, la montée devient plus caillouteuse, puis sableuse par endroits, et enfin terriblement tortueuse et pentue, mais toujours bordée de nombreuses cascades faisant face au sommet enneigé de l’aiguille de Morges. Et au sommet, surprise : un énorme refuge-hôtel planté solitaire au bout de la route. Le Giobemey est un des plus extraordinaires paysages de cette randonnée, mais cela se mérite. Et l’accueil est à la hauteur. « Bonjour, vous êtes le premier », me dit le patron. « Le premier cycliste de la journée? » . « Non, le premier client de la saison, la barrière a été ouverte hier soir ». Coup de chance. Certes, il n’y eut pas de champagne, et la boisson chaude n’était qu’à température ambiante, mais que voulez-vous, après plusieurs mois d’arrêt du percolateur !

en montant à la Salette, vue sur l’Obiou

Retour à Saint Firmin, puis Corps, envahi par des hordes de motards en ce jour de l’Ascension. Et à propos d’ascension, voici justement celle de La Salette. On commence très doucement, mais c’est un leurre. Tout à coup, la pente se fait rude, et cela dure jusqu’au bout. Jusqu’à la basilique, bâtiment isolé au sommet. À ses pieds, plusieurs autocars ont déversé leurs passagers qui tous pique-niquent sagement alignés face au soleil malgré une température assez fraîche. Pour ma part, je m’offre au snack un gros sandwich et un litre d’eau gazeuse. Quarante­ neuf ans que je n’étais pas venu en pèlerinage ici, cela s’arrose ! À la descente, j’apprécie pleinement la qualité du revêtement de cette route agréable, variée et fort peu fréquentée.

Suivent quelques détours par de toutes petites localités souvent désertes : Sainte Luce et sa fontaine d’eau glacée fort appréciable. La température est fraîche sur les sommets, mais beaucoup moins en moyenne montagne. Puis après Villelonge, pour éviter un énorme détour par La Mure, je prends comme prévu une route temporairement interdite à toute circulation passant par le col de Parquetout. Jusqu’au col, aucun problème, mais après… D’abord un gros raidillon, d’où cinq cents mètres de montée à pied. Puis une descente vertigineuse, de dix à dix-huit pour cent sur un parcours en sous-bois étroit et tarabiscoté à souhait. Au bout de quelques virages, on peut se croire seul, mais attention, les rares automobilistes qui viennent en face raisonnent de même. Heureusement que je n’ai pas fait le tour dans l’autre sens, il y avait là des pentes à décourager ou du moins à fatiguer les plus vaillants. À partir d’Entraigues, la route de Valjoufrey, paisible et déserte, est la bienvenue. Montée plutôt facile, et un petit coca chez Marie-Claude, visiblement heureuse de papoter pour une fois avec quelqu’un d’autre que les habitués. Elle me conseille de rester en terrasse, parce qu’à l’intérieur il fait encore plus frais. Retour vers Entraigues, Le Périer et le col d’Ornon, plutôt bien roulant. La descente sur Bourg d’Oisans tient lieu de dessert. Puis après un ravitaillement express, je dépose mes sacoches dans la voiture et remonte à l’Alpe d’Huez. Rien que le gore-tex dans la poche. Plus léger, cela devrait être plus facile. Mais c’était sans compter avec la fatigue accumulée depuis la veille, et la performance ne sera guère meilleure. Et toujours rien d’ouvert dans cette ville fantôme. En revanche la descente est un morceau de roi. Un vrai plaisir que je déguste à grandes lampées malgré le froid du soir qui commence à me mordre les doigts. Suivi d’un repas à la pizzeria et d’une nouvelle nuit à la belle étoile près d’un paisible ruisseau.

entrée du village de la Bérarde

Au matin, aïe, le ciel est clair et la température a plongé. Vite, en avant pour la dernière montée à La Bérarde. Jusqu’à Bourg-d’Arud, tout va bien. C’est après que cela se corse. La pente s’accentue d’un coup. Puis quelques lacets sévères permettent d’accéder à Saint Christophe. Aujourd’hui, le village est en fête: il se prépare à accueillir le rassemblement des guides de haute montagne. Après ce gros effort, l’itinéraire continue sur un faux plat en balcon traversant de minuscules hameaux jusqu’à La Bérarde. J’y ai croisé de nombreux cerfs et des renards, parfois à quelques dizaines de mètres des habitations. Bon accueil au chalet Le Champ de Pin. Et encore un gros sandwich, le dernier de cette randonnée. Il ne reste qu’à descendre à Bourg d’Oisans. Et, oh surprise, on dirait que la route a été nettoyée des plus gros cailloux depuis tout à l’heure. Je conclue donc par une descente ébouriffante.

C’était un peu tôt dans la saison pour un tel périple. L’organisateur recommande de ne pas s’y aventurer avant le mois de juin et il a raison. Mais on ne choisit pas toujours ses RTT. Et hormis cinq à dix kilomètres difficiles ou impossibles, tout s’est bien passé. Mais je n’ai pas pu profiter totalement de l’abondante documentation fournie et il y a des endroits où j’ai envie de retourner, à commencer par le Gioberney.

route du col de Sarenne BRO 1982

dans le col de Sarenne BRO 1982

dans le Valjouffrey , hameau de Valsenestre

François GERFAUD-VALENTIN
ASPTT Lyon, mai 2008

le col de Sarenne aujourd’ hui

au col de Moissières ( en Champsaur )

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