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Le journal de mamie Paulette : 27 août 1943

sommaire du journal

Charray – Moisy – Charray – La Ferté – Charray = 17 km       total = 738 km

Petit déjeuner : café au lait
10 h : cochon (fin)
Midi : Bouillon de légumes / Foie et boudin / Purée au lait / salade crème / fruits / pomme cuite
Goûter : Pain blanc / Chocolat / Miel
Dîner : Bouillon de légumes / Omelette pommes de terre / fruits / pommes cuites

Ce matin, nous partons à 5h1/2 (au soleil) pour Moisy où se trouve le boucher. Ce n’est pas bien loin, mais il n’y a rien entre les deux pays et nous franchissons la borne départementale. Immédiatement il nous semble que nous allons très loin.
Une gamine de Charray est avec nous et nous parle du feu qui a pris cette nuit dans une meule, chez le Maire. La meule entière y est passée et, quand nous revenons, nous voyons encore de la fumée et des flammes. Heureusement la majorité des hommes du pays font partie des pompiers. Ils sont donc immédiatement sur place. Mais quand une meule brûle, on ne peut qu’épargner ses voisines. Voilà 80q de blé de foutu ! Et le responsable est encore le propriétaire car l’ordre a été donné de garder les meules pendant le battage. D’ailleurs tout cela est très nettement imposé cette année : toutes les meules distantes de 50m – gardes pendant le battage – battage 10 jours après la moisson et livraison dans la semaine qui suit. Certains préfèrent défaire leurs meules et même brûler leur blé, car le seul acquéreur qui se présente aussi rapidement est toujours le même. Et dame on ne l’aime guère.

Nous ramenons pour la carte de viande de Mme Badaire un pot au feu de 600 et quelques grammes – sans os – car le boucher les a ajoutés après. Devant nous il vend des 1/4 de tête de veau en quantité. Les cervelles, les langues, le ris, tout y est. Au moins il y a à manger. Les pieds ne manquent pas non plus ainsi que le pâté qui sent délicieusement bon. Comme nous nous sentons loin de Paris !

De retour chez Mme Badaire, nous trouvons son fils ainé. Il nous parle de sa récolte de lentilles : 680 kg pour 100 kg. Il les vend aux Parisiens 35 le kg. Nous parlons aussi de peaux de moutons. En aurons-nous ?

Le boulanger est fermé à La Ferté et nous n’avons de pain que pour le repas de midi. Aussi Mme Badaire en fait, mais elle ne le sale pas assez pour notre goût. C’est d’ailleurs le seul reproche que nous puissions lui faire.

L’après-midi, Mme Badaire fait la sieste. Nous tricotons puis partons à la poste à La Ferté. En effet la postière de Charray n’a pas de timbres pour cartes postales. A La Ferté d’ailleurs nous ne sommes guère mieux servies : il n’y a que des timbres à 30c. C’est un jeu de les coller…

Nous visitons (!!!) la ville et revenons jusqu’à la route de Verdes.
Mme Badaire au moins aussi gourmande que nous profite de l’occasion pour manger un bout de pain blanc avec du chocolat, puis du miel. Nous pouvons attendre le dîner.

Après le dîner (M Hermelain est venu chercher sa soupe et nous a donné des prunes) nous partons au jardin. Une bonne secousse au pommier tandis que Mme Badaire étale le crottin récolté sur la route.

Retour à la maison où des pommes cuites nous attendent. Tandis que Mme Badaire tricote, nous mangeons et chantons (elle est la seule personne que nous connaissions qui apprécie nos duos! ) Puis nous nous couchons et je paye tous ces repas d’une merveilleuse indigestion qui m’occupe une partie de la nuit. Peut-être est-ce que je paye surtout notre rapide visite des garde-manger ce matin (miel – crème – prune – saindoux…) et les nombreuses pommes séchées que je croque toute la journée.

 

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