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Le journal de mamie Paulette : 24 avril 1943

sommaire du journal

Châteaudun – Arpajon – Orsay = 42 km      total = 205 km

Premier réveil à 1h1/2, puis à 2h20, 3h1/2. Enfin à 4h1/2 quelques coups sont frappés à notre porte. On nous a bien réveillées mais nous craignions tellement ne pas l’être que notre sommeil a été très léger. Toute la nuit vent et pluie.

Nous n’avons guère qu’à nous passer de l’eau fraîche sur le nez, et Jeannine s’attaque à la valise. Alors que nous finissons tout juste vers 5h10, une grosse voix dans le couloir nous propose de partir en carriole à la gare. Nous sautons sur l’occasion, embarquons rapidement nos colis et dégringolons l’escalier. Il fait nuit encore quand la voiture démarre. La place étant limitée, Jeannine est sur mes genoux.

A la gare le train nous attend. Nous grimpons nous mettre à l’abri de la fraîcheur qui vient. Dans la case derrière, une bonne femme met le train entier au courant de ses affaires de famille. Sans doute parce qu’elle ne voit pas nettement son interlocuteur, elle hurle.

Nos vélos passent et vont prendre place dans le fourgons à bagages. Puis le train démarre. Vitesse très moyenne, arrêt dans toutes les gares. Parce que le jour vient, le ciel s’éclaire peu à peu, mais il reste gris. Aussi sommes-nous très contentes de rentrer de cette façon.

A Arpajon où nous descendons, nous voyons sur le quai le vélo gris. Nous y allons directement. L’employé s’étonne en descendant un vélo d’homme que ce soit quand même pour nous, mais comme nous lui présentons notre billet il nous déclare que cela ne l’intéresse pas. Et nous sortons de la gare sans donner nos billets. Il est 8h1/2. Le ciel est légèrement ensoleillé, mais il est loin de faire chaud. Nous arrimons les valises et au premier boulanger nous achetons notre portion et nous la dévorons à l’endroit même où nous nous étions arrêtées à l’aller.

Puis c’est la route vers Orsay dont nous sommes tout proche. La carte est au fond de la valise, mais nous savons qu’un chemin nous y mène directement à gauche. D’ailleurs, nous nous souvenons fort bien de l’avoir vu indiqué en partant. Il nous suffira d’ouvrir l’oeil.

Nous l’ouvrons bel et bien, mais sans doute fort mal, traversons Montlhéry en nous disant : c’est sans doute par ici, ne trouvons rien et continuons notre route. Comme nous approchons de Longjumeau cela commence à m’inquiéter, nous sommes sûrement trop loin, mais il vaut mieux continuer maintenant. Nous suivons une piste dite cyclable, chemin de sable traversé d’une bande d’herbe. Dans la descente sur Longjumeau, mon vélo dérape et tombe avec la valise et les 2 douzaines d’oeufs !.. Rien de cassé, heureusement. Là, Jeannine s’en veut de n’avoir pas sorti sa carte, aussi nous nous arrêtons et la sortons. Décidément, c’était bien à Montlhéry que nous aurions dû tourner. Tant pis, nous prendrons un autre chemin. Et nous essayons de partir vers la gauche. Une rue dite rue de l’Yvette nous paraît, à cause de son nom, un excellent chemin. Mais un facteur bienheureusement rencontré nous indique notre route. Comme nous semblons douter – car le nom de Saulx nous a troublées – il nous donne plus de précision. Nous avons l’impression de revenir sur notre route, traversons Saulx les Chartreux et continuons droit devant nous., ne nous arrêtant pas même à un croisement.
Le chemin monte, délicieux, mais nous devons descendre de vélo et je suis de mauvaise humeur, me disant : nous devrions être arrivées et je ne devrais pas être tombée. . Jeannine essaie de me changer les idées et s’extasie devant le paysage qui j’en conviens est charmant. Mais nous montons, montons toujours, donc poussons nos vélos. Nous arrivons ainsi à Villejust. Nous le cherchons sur la carte et nous apercevons que cela représente encore un joli détour. Décidément cela va mal ! Maintenant, devant nous, c’est on ne peut plus plat, mais nos vélos ne nous sont d’aucun secours tellement le vent souffle fort. J’en ai pris mon parti et me demande seulement à quelle heure nous arriverons à Orsay. Par contre Jeannine est à cran et la vue des pylônes de T.S.F. , en la ranimant un peu, ne lui redonne pas le sourire. Platitude absolue, vent terrible : il faut marcher toujours et nous nous avouons en riant que nous ne reconnaissons rien.

Enfin c’est la route bien connue, la descente, le chemin par-dessus les haies. Nous sommes tout près du terrain, mais décidons de surprendre Maman à la maison.. Nous passons donc comme des voleurs devant la porte ouverte de Mémé et allons jusqu’à la dernière grille. Tout est fermé. Nous poussons donc jusqu’au champ, et de là revenons chez Mémé. Jeannine y court toute heureuse d’arriver !.. Elle est reçue de la bonne manière par Mémé qui va tantôt à Paris, n’a à manger que pour 3, manque de matières grasses…  Quand j’arrive, les 2 Deschamps se battent en un duel oratoire. Jeannine annonce qu’elle n’a pas faim (tant mieux pour elle, mais après une telle course je me sens affamée) et que nous irons dîner au restaurant (or nous sommes faites comme des voleurs ! )
Enfin tout s’arrange et nous déjeunons quand même :

Radis / pommes en ragoût / épinards / nouilles

La journée continue sans incidents. Maman arrive, Mémé revient et je cuisine tout l’après-midi puisque tante Lucienne, Nénette et Poupée viennent ce soir. La moulinette est un poème !..
Nous dînons tous en choeur :

Soupe aux poireaux / purée / pommes de terre en robe des champs / salade / haricots blancs

Et c’est le moment de partir car il n’y a pas de place pour nous coucher. Nous ramassons rapidement nos colis et partons en courant à la gare, car, comme de juste, nous ignorons l’heure du train. De plus, un besoin pressant pousse Jeannine, aussi traverse-t-elle tout de suite la voie. Pendant ce temps je vais acheter nos billets, mais l’employé n’est pas pressé et me tient la conversation.  Quand je sors enfin, Jeannine revient sur ses pas et me crie : « Demande à quelle heure est le train, nous n’avons pas la clé »
Le train est à 9h12. Il est 9h. Elle part au triple galop, ayant déposé valise et bouquet de muguet. Quand elle arrive hors d’haleine chez Mémé,  – après avoir espéré rencontrer quelqu’un porteur de la clé – elle crie « la clé ! » Tout le monde est là, et personne ne bouge, « la clé de la maison ! »
Maman se lève, bouscule tante Lucienne et disparaît. Mémé propose à Jeannine de retourner en vélo. Il faut le sortir de son coin, le porter dans la rue. Pendant ce temps Jeannette court vers la gare, car elle ramènera le cheval.
C’est une véritable mobilisation générale. A ce moment, stupeur générale aussi : Maman a disparu :
Jeannine enfourche le vélo, va jusqu’à la maison,  car c’est là que Maman est allée et prend sa course vers la gare, pédalant en dépit des rues mal pavées. Je la vois venir de loin et ne suis nullement étonnée. J’étais bien plutôt inquiète, me demandant si elle arriverait à temps. Mais le train a du retard. Elle a le temps d’attendre Jeannette et de reprendre le souffle avant le départ vers la capitale.
Décidément nos fins de vacances ne valent jamais rien.

Temps : pas de pluie
Santé : fatigue des membres inférieurs chez Jeannine qui après être restée à croupetons tout l’après-midi, a fourni une belle course dans la soirée.

Total général = 205 km
Moyenne journalière : = 205/5 km = 41 km

 

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