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Le journal de mamie Paulette : 19 août 1943

sommaire du journal

Sarlat – Le Pas du Raysse – Souillac – Belcastel – La Cave – Saint Sozy = 88 km      total = 535 km

Nous quittons Sarlat par temps de brouillard après le petit déjeuner. La première partie de la route est verdoyante. Nous sommes en bas des coteaux mais leurs sommets se perdent dans le brouillard.
Du raisin cueilli est dévoré sur un petit mur à pic au-dessus de la Dordogne. Un bon bout de pain et des noix l’accompagnent. A partir de ce moment le brouillard se lève très nettement et c’est tant mieux pour nous puisque nous allons toujours avoir de beaux points de vue.

Nous suivons le Pas du Raysse, route en corniche au-dessus de la vallée. Des maisonnettes nous séparent de la Dordogne que nous n’entrevoyons qu’à travers les arbres. Bientôt nous sommes directement d’aplomb au-dessus du fleuve, notre route étant taillée dans les roches des coteaux qui sont bien dénudés maintenant et présentent l’aspect de carrières de sable et de pierres. A un moment, la route ayant été coupée est en pleine réfection, et vraiment on ne peut rester insensible à l’à pic direct, si blanc et si haut au-dessus de la Dordogne.

Nous traversons ensuite Souillac, vraie petite ville avec de nombreux hôtels. Là encore, que de maisons neuves ou en construction ! Nous avons un moment l’impression d’être dans les environs de Paris, seulement les maisons sont d’aspect plus confortable.

Puis c’est la vraie route en corniche qui longe la Dordogne. Nous y trouvons un haut de maillot de bain et le prenons. Notre route monte dans les rochers et nous surplombons de plus en plus la vallée. Le plus bel endroit est le moment où nous atteignons les gorges de l’Ouysse. Nous filons, malgré nos freins, derrière le château de Belcastel et ne pouvons l’admirer, piqué sur son rocher, que lorsque nous sommes tout en bas des gorges après une route aux virages terribles. Le coup d’oeil était vraiment magnifique et nous sommes enthousiasmées. Dans le bas, en effet, resserrés entre de nombreux coteaux verdoyant, les méandres de la Dordogne reposent doucement, coupés de bancs de sable et de verdure.

La route suit maintenant le bord du fleuve. Nous passons devant la grotte de La Cave où nous reviendrons tantôt. Notre but c’est une agglomération qui, sur la carte, est au moins aussi importante que Souillac : Meyronne.

Mais rien sur notre route ne signale ce bourg et nous doutons un moment du dessinateur de Michelin. Un brave homme nous renseigne et nous trouvons Meyronne. Pas un hôtel, tout juste un boulanger. Ce n’est qu’à Saint-Sozy que nous aurons quelque chose. Et pourtant comme c’est petit !

Sur le bord de la route, un hôtel neuf nous tend les bras. Nous y déjeunerons, coucherons et pourrons y rester deux jours.

Déjeuner à 1h1/2 : Bouillon d’ haricots verts / Tomate salade, oeufs durs / gigot tendre / haricots verts graisse mouton / roquefort / raisin

Après déjeuner, nous repassons le pont suspendu de Meyronne (c’est la 4ème fois puisqu’il nous a fallu aller y chercher du pain). Nous retournons aux grottes de La Cave, munies de nos pull-overs. La route est bien abritée pendant un moment et une bonne fraîcheur s’en dégage. Arrivées à la grotte, nous trouvons un bureau fermé : Depuis la guerre, on ne visite plus. Pourtant nous allons jusqu’à la porte grande ouverte. Ah ! Si j’avais une torche ou une lampe électrique !… Du coup, nous ne savons que faire et nous nous asseyons à l’entrée. Carte ouverte, la décision est prise d’aller à Rocamadour – par un raccourci !
C’est un chemin, pas trop mauvais quoique tout à fait crayeux ce qui nous réserve cailloux et poudre. Mais il monte, et comme nous passons de sommets en sommets, nous l’appelons la route des Crêts. C’est un peu fastueux, mais cela dit bien ce qu’il est. Il manque de variété, et les quelques beaux coups d’oeil que nous pouvons jeter sur tous ces sommets pelés du Causse, ne remplacent pas quelques bons poteaux indicateurs ou seulement des bornes kilométriques qui nous annonceraient au moins que nous avançons dans la bonne direction. Nous sommes même un moment très inquiètes et Jeannine perd tout courage. Pourtant, renseignements pris dans une des rares maisons qui se sont perdues là-haut, on ne sait pourquoi, nous ne sommes plus qu’à 1km du but.
En effet, nous surplombons brusquement l’espèce de gorge au-dessus de laquelle se détache le château. Il domine vraiment sur sa falaise rocheuse, mais son style médiéval donne l’impression qu’il fait corps avec la roche et la ville curieusement accrochée au-dessus de lui, augmente cette sensation.

Nous mourons de soif et achetons des cartes postales avant de nous trouver assez de courage pour aller jusqu’au château. Là, déception – non, plutôt rage contenue – l’entrée nous en est interdite à cause de nos shorts.
Et bien nous nous passerons de la visite, économiserons les 2f qu’elle coûte et tout le temps qu’elle dure, nous admirons le paysage. Le travail de la nature vaut bien celui des hommes, et, au moins, il est donné à tous de l’admirer.

Dégoûtées, nous ne descendrons même pas à la ville mais revenons à Meyronne par une route qui descend pendant les dix kilomètres qu’elle dure. Arrêt pour croquer des noix et reprise de la descente.

A l’hôtel nous nous lavons complètement car nous avons renoncé à descendre dans la Dordogne. On ne peut d’ailleurs s’y baigner et tous les pêcheurs ne pensent qu’à y pêcher des brochets et des carpes de grosseur… méridionale.

Dîner à 9h moins le 1/4 : Bouillon de haricots verts / Melon !!… / Gigot de midi / salade cuite / gâteau

Nous n’avons plus que la force d’écrire nos cartes postales avant de nous coucher.

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