CTG : Témoignage de Patrick Lacheau

Nous étions jeunes et insouciants !

Je reprends ici le titre de l’excellent livre du regretté Laurent Fignon pour évoquer mon arrivée dans la grande famille des Cyclotouristes Grenoblois.

C’était en 1974, je poursuivais alors mes études au lycée Mounier et avec 2 copains de classe nous avions décidé de partager notre passion naissante pour le vélo en nous inscrivant dans un club. A l’époque, pour nous adolescents, le vélo était synonyme de liberté. Mais revenons quelques années en arrière :

photo-patrick-lacheauJe me souviens de mes premières sorties avec l’objectif d’aller « toujours plus loin et toujours plus haut ». Objectifs bien modestes au début puisqu’il s’agissait d’aller toujours plus loin …. dans la vallée de la Romanche et toujours plus haut …. dans la côte de Brié !

Mais qu’importe, une gourde en plastique arrimée sur le porte bagage de mon vélo « Arliguie » mono vitesse et me voilà parti pour l’aventure. C’était à l’époque du collège Olympique. Ensuite, ma réussite au « Brevet » m’avait certainement valu de recevoir mon premier « vélo de course » en cadeau, moi qui rêvait alors devant les demi-courses du catalogue Manufrance : Un Peugeot acheté chez Menduni, avenue Jean Perrot.

Tu vas grimper aux arbres avec ça m’avait il affirmé !

52 x 45 en acier (souvenez-vous, les manivelles à clavettes) devant et 15 x 17 x 19 x 21 derrière : devant cette débauche de technologie, il ne pouvait en être autrement. Alors pourquoi la côte de Brié me semblait toujours aussi dure ? Et ne parlons pas du col de Porte auquel je parvenais cependant à me hisser.

Il était donc temps de passer la vitesse supérieure en rejoignant « un Club » mais nous nous interrogions sur notre capacité à suivre le rythme. Il faut dire que l’année précédente, je me trouvais par hasard à Bourg d’Oisans un certain 22 juillet. J’avais alors assisté, sidéré, à un défilé de cyclos monochrome tant les conditions atmosphériques dantesques les avaient crépis d’une couche boue grisâtre. C’est la fameuse année ou la route de la Croix de Fer avait été coupée par la cascade des Sept Laux en furie. Au fond de moi-même, ce défilé était comme une révélation : on pouvait vivre des aventures extraordinaires à deux pas de chez moi.

Voilà donc ce qui m’avait décidé à orienter notre choix vers le CTG. Le jeudi suivant, nous nous rendons donc à l’Anneau de vitesse, siège du club et des réunions hebdomadaires. Une bonne quinzaine de jeunes de notre âge nous y accueillent dans un coin du bar qui servait alors de salle de réunion. Comme à l’accoutumé, Bob faisait un résumé hilarant des sorties du weekend précédent : nous étions conquis.

Le dimanche suivant, je m’alignais donc dans la montée de Miribel Lanchâtre avec mon coursier. Dès les premiers lacets, les anciens (ils avaient au moins 30 ans) me conseillèrent de faire monter un triple plateau, ce que je fis dans la semaine. C’est dons avec un 52 x 42 x 32 que je pris, dès la semaine suivante, le départ du Rallye du Mont Aiguille. J’y ai d’ailleurs perdu une pédale entre le col de l’Arzelier et le col des Deux. Heureusement qu’un participant habitant dans le secteur a pu me la remettre à temps.

Ce fut ensuite 10 ans de bonheurs entre les copains, les amours, les monacos, les BRA, le vélo de piste, les rallyes du Beaujolais, Pâques et Provence, les cyclos-muletiers, et déjà un poste de trésorier avant que l’Armée ne m’appelle sous ses drapeaux malgré l’interventions de Jules auprès du Colonnel. Le CTG était ma seconde famille et c’est d’ailleurs en son sein que m’y suis marié sous une haie d’honneur de roues de vélo. Et puis mes amis se sont dispersés et les aléas de la vie active m’ont éloigné de mon cher club sans le quitter tout à fait puisque je m’efforçais de participer aux AG. Mais le vélo prenait lentement la poussière dans mon garage et de désespérait de l’enfourcher à nouveau.

Et puis un jour, une maison et deux enfants plus tard, je croisais au hasard de ma vie professionnelle un certain Gérard, président de Meylan Cyclo. 15 ans s’étaient écoulés et il me proposait de faire un essai dans son club. Je ressortis alors mon vieux biclou Routens modifié Cattin (pour notre voyage de noces en cyclo-sacoches en Corse) et me voici haletant dans les « bosses de Carrefour », terrain de test bien choisi pour écœurer les moins motivés. Je me faisais doubler par des mamies et j’avais oublié que je n’avais pas non plus rajeuni et que j’avais pris au moins 25 kg depuis mes derniers exploits. Après quelques crampes dans la côte des Ecoutoux (au moins 500m à 5%), je fus à nouveau vacciné par un rayon de vélo ; La semaine d’après j’étais dans la boutique de Daniel pour me faire construire une monture digne de ma passion retrouvée. Il ne fallut pas moins de 10 heures de discussion pour la définir dans ses moindres détails.

Quelques semaines plus tard, je pus la tester lors d’une semaine à Balaruc et me préparer ainsi, face au Mistral, à rejoindre le club de Meylan ou je fis 2 saisons. Ce fut un moyen efficace de me remettre en selle car là-bas, pas de roues cool mais un entrainement parfois un peu hard !

Meylan était pas trop loin de chez moi mais je gardais  néanmoins un œil sur le CTG, étonné de voir que les « anciens » des années 70 étaient toujours là (avec 30 ans de plus, soit deux fois l’âge qu’ils avaient à l’époque). De plus en plus de cheveux blancs aux AG, mais d’un autre côté, c’étaitfamill rassurant de retrouver les amis. Et puis en 2006 à l’occasion des 80 ans du club j’en ai retrouvé d’autres et on a bu, on a chanté et on a blagué 30 ans après comme si on s’était quitté la veille ! On avait tellement de souvenirs à partager.

Là, j’ai pris conscience que ma famille cyclo était toujours là, surtout quand Jules m’a proposé de prendre la responsabilité du contrôle de Valloire lors d’un prochain BRA. Je me souviens de l’air étonné de certains de voir cet inconnu (re)prendre ainsi du service. Mais pour moi, quelle joie d’être secondé par Lucien dans cette aventure !

Un peu plus tard, Jules est revenu vers moi pour me proposer le reprendre le poste de trésorier. C’était une année de BRA, quel challenge ! Mais grâce à l’aide de Danie, et porté par une puissante motivation, j’ai accepté de le relever.

Je ne saurais pas vous décrire ce que fut mon émotion de retrouver cette grande famille qui m’acceptait à nouveau en son sein malgré toutes ces années d’infidélité. J’étais au bord des larmes lorsque nous fumes honoré lors d’une AG, Jean-Louis et moi, pour la mise en place des Roues Cool. C’était une telle reconnaissance de se voir ainsi récompensé ! J’avais envie de crier cette émotion dans le style de Reggiani :

C’est moi c’est le cyclo,
Je reviens au logis
Ouvre-moi sans rancune
Je rentre un peu tard je sais
20 ans de retard c’est vrai
Ouvre-moi, ouvre-moi la porte
Io non ne posso proprio più
Se ci sei, aprimi la porta
Non sai come è stato laggiù

Merci de m’avoir ouvert la porte…

Le CTG fut et demeure une grande partie de ma vie et il y tient encore une grande place. Alors vive le CTG et longue vie aux Cyclotouristes Grenoblois.

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